Drag Doll


Lorsqu'Henry Gregor Felsen arrêta les livres de hot-rod, il laissa un vide dans un secteur très lucratif. Robert Sidney Bowen, vétéran de la littérature, s'est soudainement découvert une passion pour les hot-rods ! Deux ans plus tard, en 1962, R.W. Campbell se lança lui aussi dans le genre... Et Drag Doll fut un beau plantage.

Bienvenue dans cette nouvelle chronique littéraire !

C'est probablement le dernier livre d'hot-rods que je vais commenter. C'est un peu rébarbatif. Tous ces livres copient un même schéma : un adolescent qui cherche à obtenir la fille, la voiture et à vaincre son rival.

L'originalité de ce livre, c'est que l'on est en 1962, douze ans après Hot Rod. A l'origine, c'était une occupation pour les ruraux et les ouvriers. Faute d'avoir les moyens d'acheter un véhicule neuf, ils dépouillaient deux, trois épaves et se créaient leurs voitures. Grâce à Henry Gregor Felsen et aux films de hot-rods, la mode s'est diffusée. L'archétype du rodder, c'était désormais plutôt le jeune des classes moyennes qui souhaitait frimer sur le parking du lycée. L'Oldsmobile Super 88 du héros de Drag Doll disposait d'origine d'un V8 6,5l développant d'origine 325ch. L'ère des muscle cars pointait à l'horizon. C'était aussi le début des pièces disponibles sur catalogue et des artisans spécialisés. On n'était plus obligé de faire tout, tout seul.

Notez que comme d'habitude, Drag Doll n'a pas été traduit en français.

Qui était R.W. Campbell ? D'après Google, il existe plusieurs auteurs anglo-saxons sous ce patronyme. Le livre est dédié à l'équipe de chronométreurs de Pikes Peak. Habitait-il dans le Colorado ?

Wikipédia nous renvoi vers Robert Wright Campbell. Ce scénariste de série B et de série TV, durant les années 50-60, s'est reconverti plus tard dans la littérature. Il décrivit notamment un Los Angeles fantasmé, qu'il baptisa "La La Land". Damien Chazelle, scénariste et réalisateur de La La Land, fit comme si Robert Wright Campbell n'avait jamais existé.
En tout cas, ce Campbell-là n'a jamais approché l'univers automobile. A-t-il tenté un coup, en 1962, puis l'a renié ?

L'autre possibilité, c'est une tentative de parasitage de William Campbell Gault, un auteur de romans sur le sport auto US. La couverture rappelle d'ailleurs celle de Dragstrip. Et que dire du titre...

Quoi qu'il en soit, ce fut le premier et le dernier livre de "R.W. Campbell" sur les hot-rods ! Il n'a été a priori réédité qu'une seule fois, en 1964.

Ce qui fait le charme de ces livres, c'est de replonger dans les années 60 : le papier jauni, la couverture cornée... Hot Rod Angels appartenait à une ancienne bibliothèque municipale. Ici, un certain Patt Emery s'est servi des pages pour perfectionner sa signature... A moins qu'il ne cherchait à imiter celle de son père !

Puis il y a la forme. C'était des livres vendus dans les kiosques, que l'on achetait en attendant son train ou son bus. Il fallait convaincre le lecteur en quelques secondes. Survendre était la règle.
Cette ouvrage vous promettait une épreuve de stock-car, une idylle avec une rousse incendiaire et une course de Nascar au clair de Lune... Si vous êtes habitué du genre, vous saurez que vous n'en retrouverez aucun des trois.
Un peu plus loin, vous tombez sur une "bonne feuille" à savoir l'accident spectaculaire du héros. Du sang, des filles, de la compétition... Que demandent les ados ?

Le livre débute bien. Chez Felsen, le héros est toujours un jeune premier à qui tout réussi. Campbell, lui, se focalise sur un loser en mal d'attention ; l'angle est intéressant. "Jet" Johnson n'a ni amis, ni copine. Ses tentatives maladroites pour être cool lui valent des ennuis avec le proviseur du lycée et un retrait de permis. En plus, Campbell n'a pas le côté moralisateur d'un Felsen. Puis la machine s'emballe...
Dans la littérature enfantine, on est sur un schéma circulaire. L'enfant vit des aventures extraordinaires, mais à la fin, tout redevient comme avant. Il retrouve son papa, sa maman, sa maison, son école, etc. Dans la littérature adolescente, c'est une monté. L'adolescent veut aller toujours plus loin, toujours plus haut. Le livre comportent presque toujours une épreuve initiatique. Le héros est face à un obstacle (compétition, circonstances inédites...) En triomphant, il acquière de la maturité et de l'expérience. Chaque livre de Harry Potter possède ainsi une épreuve. Elles bâtissent la personnalité et le vécu du héros, qui évolue ainsi.
Dans Drag Doll, à mi-parcours, "Jet" Johnson a construit son rod, couru (et gagné) avec et il s'est trouvé une copine ! En quelques pages, le gamin maladroit est devenu la star du lycée ! Ensuite, R.W. Campbell meuble tout azimut, en lui donnant de nouveaux défis. Défis qui semblent d'autant plus facile que le héros triomphe en un seul chapitre... Et il passe immédiatement à autre chose. Le dernier chapitre est davantage un "ça y est, j'ai atteint le poids mini" de l'auteur, qu'un vrai dénouement.
Si ce R.W. Campbell était le scénariste homonyme, il aurait su mieux gérer la narration et la continuité.

Ce qui rattrape, ce sont les descriptions des accélérations de Drag Doll, le rod de "Jet" Johnson et ses piqures d'adrénalines.

Notez que pour le prochain livre, ça sera cette fois-ci une histoire de motards...

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