La Renault Twingo est sans doute l'une des principales nouveautés de 2026. Je me devais d'assister à son lancement, chez un concessionnaire. D'autant plus que j'étais présents aux débuts de
la première. Oui "aux", car il y a eu le Mondial de Paris 1992 et le Grand Palais 1993, pour la version de série.
D'après la légende, lorsque Luca de Meo est arrivé chez Renault, il s'est étonné. Venu de Fiat, il connaissait l'intérêt d'une citadine très lookée, faisant payer au prix fort sa bouille craquante. Or, chez Renault, point de telle citadine. Même pas dans les cartons.
Alors sous son impulsion, Renault n'a sorti non pas une, mais trois voitures surfant sur la nostalgie. Après la R5 et la R4, voici la Twingo.
Je joue le jeu du teasing, alors que la concession est tapissée d'affiches de la Twingo !
Pour bien souligner l'ascendance, Sofibrie expose quatre Twingo, dont une voiture très "arty" et un étonnant pick-up.
La Twingo, c'est le genre de voitures dont je pourrais parler des heures. Elle portait les germes du Renault de Raymond Levy et Louis Schweitzer. Un Renault moderne, qui jouait les access premium et où la nouveauté était un dogme. Pour le meilleur (des progrès tangibles dans les produits, notamment la finition et la qualité perçue) et le pire (une tendance à considérer que tout ce qui avait été fait avant eux, c'était de la m...)
C'était pourtant Georges Besse qui décida l'abandon de la R4.
La série limitée Sixties fut un baroud d'honneur. La R4, c'était devenue la voiture des punks à chien et du tiers-monde. La firme au losange souhaitait monter en gamme et surtout, percer en Europe du Nord. Des voitures plus chères, avec davantage de marge et en toile de fond, préparer la privatisation du constructeur. Le projet W60 de micro-citadine, datant de la fin des années 70, fut ressorti des cartons et devint X06.
Le concept, c'était une voiture pour jeunes citadins. D'où une voiture très basique et très colorée, avec un design osé. Renault avait eu probablement vent de
la "Swatchmobile", dont Nicolas Hayek parlait depuis le début des années 80... La proposition était radicale : une carrosserie, une finition, une motorisation, zéro option et quatre couleurs. Pour marquer le coup, X06 inaugura un nom inédit. Clio faisait référence aux prototypes Vesta et Vesta 2. Twingo ne signifiait rien ; c'était un nom qui "sonnait jeune".
Renault avait bien gardé son secret. Au 31 décembre 1992, le catalyseur devenait obligatoire. La firme au losange avait refusé de catalyser la R4 et ce fut donc un prétexte pour sa mise à mort. On savait que le constructeur préparait quelque chose, mais quoi ? Au Mondial de Paris 1992, la surprise fut totale. On n'avait même pas eu droit à un teasing ! La Twingo fut ensuite omniprésente dans les médias. Malgré cinq années de conception, l'industrialisation s'éternisa. En mars 1993, Ségolène Royal se vit remettre
une Twingo de pré-série pour son départ du ministère de l'environnement. En juin, une exposition sur le design, au Grand Palais, fut l'occasion de dévoiler la Twingo de série : quelques retouches... Et un prix réhaussé de 1 000 francs. Mais ce n'est qu'à l'automne 1993 qu'enfin, on atteint le SOS (Start Of Sales.)
La soirée débuta à 19h et à 19h30, ils ont dévoilé la Twingo :
L'accueil fut plutôt tiède. Au point où l'animateur a dit : "Allez-y, vous pouvez monter dedans !" Le rideau fut levé à 19h30 et à 19h32, il y en avait déjà sur le parking...
Trêve de plaisanterie, cette Twingo est très proche du concept-car de 2022. La principale différence, c'est que c'est désormais une 5 portes. Ils ont tenu à reprendre un maximum de traits de la voiture de 1992, y compris les trois ouïes sur le capot (désormais factices.)
Sans surprise, la Twingo a pris de l'embonpoint en 34 ans : 36cm en longueur (3,79m), 28cm en largeur (1,95m), mais seulement 7cm en hauteur (1,49m.) Le coffre a quasiment doublé de volume, à 305l, tout comme la masse, à 1,28t. La Twingo de 1992 avait des roulettes de 145 ; inacceptable aujourd'hui : place à des 195 en 19 pouces. Des pneus si énorme que la hauteur du flanc est à peine plus petite que les "gros boudins" de 1992 !
Sous le capot, le "Cléon fonte" (conçu durant l'occupation) en version 1,2l 55ch laisse place à un moulinex 60kW. Du coup, le 0-100km/h descend de 14 secondes à 12,1 secondes ! En 1992, il avait choisi la solution la moins chère ; on reste néanmoins dans le minimum syndical pour se mouvoir. Grâce à trois piles AA de 27,5kWh, elle dispose d'une autonomie WLTP de 262km.
Ces choix technologiques sont dû à une volonté de ne pas empiéter sur les plates-bandes de la R5, avec laquelle elle partage sa plateforme.
36cm de plus en longueur, mais seulement 14cm pour l'empattement.
A l'avant, le gain en largeur est palpable. Mais c'est surtout à l'arrière que l'on voit la différence. Sur la Twingo 1, les places arrières étaient des places d'appoint. Là, on n'est plus assis sur son voisin et on peut déplier ses jambes. Bien sûr, l'accès y est facilité par les portes supplémentaires. Je soupçonne Renault d'avoir installé une banquette à l'assise plus verticale, pour libérer du coffre. Avec 1,80m, j'avais la tête dans le ciel de toit !
Du reste, l'intérieur de la Twingo 2026 est très décevant. Il y a cette sellerie gris chiné, très austère. Le tableau de bord est banal. Puis il y a ces inserts ton caisse en cochonium. Pour les commodos, j'ai l'impression que Mme Bellecuisse a fait le tour des pires fournisseurs du Zhejiang... La qualité perçue est déplorable. A croire que Renault n'a pas retenu les leçons de la Twingo 3 FL...
Notez que par défaut, au bout de 3 ans, vous perdez le GPS, le Bluetooth, etc. Il faut remettre 100€ pour prolonger de 2 ans. Un premier pas vers une "EAisation" de Renault...
La Twingo 1 n'a jamais été bon marché. En 1992, la R4 GTL Clan était à 49 900 francs et la Supercinq Carte Jeune 3 portes à 51 800 francs. Les 54 000 francs annoncés pour la Twingo ont fait long feu. Le vrai prix de lancement fut 55 000 francs, puis 55 500 francs en 1994 et 57 500 francs en 1995, avec la Nouvelle Collection. La version Pack offrant royalement les vitres électriques et la condamnation centralisée pour 3 000 francs ! La beauté se payait cher...
Certes, les R4 et Supercinq étaient obsolète et très largement amorties. Mais pour 45 500 francs, vous aviez une Fiat Cinquecento.
Pour info, 55 000 francs de 1993, cela correspond à 13 950€ de 2026, d'après l'INSEE. Bien sûr, les progrès en matière de sécurité et les équipements de confort se payent. La Twingo E-Tech Evolution est à 19 490€, ce qui correspond à une évolution raisonnable.
Par rapport à une
Dacia Spring à 16 900€, c'est le jour et la nuit ! Malgré tout, en terme de performances et de prestations, la Twingo 2026 reste une seconde voiture. L'intérieur a vraiment été bâclé.
J'y vois une voiture pour septuagénaires. Des retraités qui ont fini de faire le tour du monde et n'ont qu'un usage limité de l'automobile. Une clientèle conservatrice et technophobe, qui se sert à peine de l'écran central. Elle se contentera donc de cette Twingo qui leur rappellera celle qu'ils avaient eu autrefois.
Est-ce que ça sera un succès ? Où met-on la barre ? Renault se gargarise des
100 000 ventes annuelles de la R5. Avec un objectif au ras des pâquerettes, ça sera forcément un carton ! En pratique, Novo Mesto est actuellement à 60 000 unités annuelles, avec la Clio 5. L'ajout de la Twingo, avec sa gamme restreinte, ne devrait pas permettre d'atteindre 100 000 unités au cumul. Alors que vers 2010, on était à plus de 200 000 unités par an.
La Twingo de 2026 porte les germes du Renault de Luca de Meo. Un Renault qui doute de lui-même et de sa capacité à séduire. Le constructeur au losange a perdu sa différenciation et son socle de clientèle. La nostalgie devient un horizon indépassable, pour compenser une absence de prise de risque.
C'est un Renault post-post-Luca de Meo. Les plans
Renaulution et
Revolution ont vécu. Il attend son nouvel Homme providentiel et sa nouvelle impulsion. Sachant que Jean-Dominique Senard a imposé la scission des postes de président et de directeur général ; Carlos Ghosn fut le dernier empereur. En attendant, François Provost se dit que c'est mieux que si c'était pire. Et que Renault est en meilleure santé qu'Opel, Ford, Fiat, Seat, Citroën...
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