Hairpin Circus
Tout a commencer sur Instagram. Le réseau me montrait le post d'un compte que je ne suivais même pas : Hagerty. Il faisait une hagiographie de ce film : un film-culte, sur le monde japonais du tuning, au début des années 70.
J'aime regarder des films de voitures. En plus, il y a tout un aspect exotique. Ma curiosité était piquée. Je DEVAIS voir ce film !
On comprend vite pourquoi il est méconnu hors du Japon. Il n'a été diffusé qu'au Japon, à l'époque. Aujourd'hui; le DVD n'est diffusés que sur des plateformes japonaises, inaccessibles en occident (merci, le RGPD.) Il existe une version sous-titrée en anglais d'Hairpin Circus. Mais le sous-titrage est paresseux.
Le film est disponible sur YouTube. Mais je suis légaliste. J'ai trouvé un site commercialisation des copies sous-titrées. Après un mois d'attente, j'en ai enfin reçu une copie. Si, si, c'est un DVD tout ce qu'il y a de plus légal, avec des royalties payées aux ayant-droits !
Le générique débute par une voiture surgissant d'un tunnel, puis filant sur une autoroute aérienne, au petit matin. La clarinette de la bande-son n'arrive pas à couvrir le son rageur d'un trio de Solex. La caméra est fixée sur le capot (est-ce ça qui inspira Claude Lelouch, quatre ans plus tard ?)
Grâce au contrechamps, on découvre que c'est la Toyota 2000 GT jaune de Miki.
Le film est réalisé par Kiyoshi Nishimura, un réalisateur de films de genre. Hairpin Circus est basé sur le roman éponyme d'Hiroyuki Itsuki (non-traduit.) Le romancier a part ailleurs co-écrit le scénario.
Hairpin Circus débute par une série d'aller-retour entre passé et présent, pour nous présenter les personnages. Histoire de ne pas tout divulgâcher, je vais m'en tenir à un narratif linéaire.
Kiyoshi Misaki n'était pas doublé. Dans la vraie vie, il était pilote de course et ce fut son unique rôle au cinéma.
Revenons à l'action, Shimao Toshiya assiste à la sortie de route mortelle d'un rival... Ou plutôt, sa transformation en mannequin en mousse, avec jets de sauce tomate.
Durant le Grand Prix de Macao 1971, David Ma fit une sortie mortelle et sa Lotus 47 rouge portait le dossard 78. A-t-il influencé le scénario ?
Suite à cet accident mortel, Shimao s'est littéralement rangé des voitures. Le voilà désormais père de famille et moniteur d'auto-école. Ses élèves, bas du front, fournissent une série de gags pour détendre l'atmosphère.
Après le boulot, il préfère trainer, que de rentrer chez lui. C'est ainsi qu'il rencontre Miki (Yuko Enatsu), une ancienne élève.
La juvénile Yuko Enatsu n'a qu'un an de moins que Kiyoshi Misaki, mais elle semble beaucoup plus juvénile.
C'est son opposé. Vu qu'il est silencieux, Miki fait les questions et les réponses. Pour le provoquer, elle se moque du mode de vie patachon du moniteur d'auto-école. Bien que le sachant marié, elle n'hésite pas à le draguer ouvertement.
Kiyoshi Nishimura a tenté de la faire conduire sa Toyota 2000 GT. Visiblement, elle avait beaucoup de mal à maîtriser cette voiture de course, tout en gardant sa composition... Pour les autres scènes, il privilégia les voitures travelling et une cascadeuse.
Kiyoshi Nishimura tourne de nuit. Une manière de masquer que l'Hairpin Circus tourne en rond dans les entrepôts attenant à l'aéroport d'Haneda.
Comme dans les productions Steve McQueen, la musique s'arrête dès que les moteurs parlent. On entend bien le bruit des trois Solex qui gavent le 6 cylindres Yamaha de la 2000 GT ! De par leurs vocalises, on pourrait croire à un turbo... En tout cas, ceux qui écoutent le film avec un casque auront les oreilles bien nettoyées !
Shimao a l'habitude de diriger et de planifier sa vie. Avec Miki, il se laisse conduire sans savoir où elle va. Elle le traine ainsi dans un bar. On y fume du shit et on y monte des avions radiocommandés (!), tout en écoutant du jazz. Le tout devant des gaijin hagards.
On reconnait la patte d'Hiroyuki Itsuki, amateur de jazz et d'ambiances enfumées... Masabumi Kikuchi, qui a composé la BO, fait une apparition avec son sextet.
La scène finale est très, très longue. A croire que le réalisateur a cherché à meubler pour atteindre les 80 minutes réglementaires. On peut aussi soupçonner un taillage à la hache dans les scènes. Soit parce que celles du roman étaient jugées immorales pour le Japon de 1972, soit à cause de l'incapacité de Misaki Kiyoshi à gérer les grandes tirades.
Puis c'est l'écran "fin". Charge à chacun d'imaginer son épilogue.
Hairpin Circus a beaucoup mieux vieilli que nombre de films "de bagnole" des années 70 (cf. Vanishing Point, Macadam à deux voies, Lâchez les bolides...) La BO jazzy lui donne un côté Nouvelle Vague. Le début est très rythmé, mais il manque sans doute une ou deux scènes avant la dernière partie. Kiyoshi Nishimura s'inspirait de diverses choses : la Nouvelle Vague, on l'a dit, mais aussi les films de Steve McQueen, les polars Japonais... Parfois, l'abondance de références finit par être indigeste. Mais il faut se rappeler que c'était un film de genre sans prétention.
En fait, ce n'est pas tant qu'Hairpin Circus soit un chef d'œuvre ; c'est surtout qu'aujourd'hui, on ne saurait plus faire cela. Déjà, plus question d'avoir des personnages principaux aussi moralement ambigus ! La nuance n'existe plus, ni la retenue. Place aux remarques sarcastiques avec de l'autodérision ! Aussi, pas question d'avoir des voitures "stock". Ca serait rétrofit 1500ch et NOx ! Oubliez le jazz, place à un hip-hop avec autotune ! Donc, c'est sûr que vu de 2026, Hairpin Circus semble tellement intello...
Quoi qu'il en soit, les amateurs de voitures seront servis. Kiyoshi Nishimura ne connait pas les scènes en studio ! Les doublures sont également utilisées a minima. Sa caméra est toujours en extérieur, avec des angles incroyables pour l'époque (c'était avant la GoPro ou la steadicam.) Il y a quand même des moments qui feront sourire. Notamment lorsqu'une Mazda RX-3 (notoirement sous-motorisée) rattrape une Honda CB 750-Four en pleine accélération !
Misaki Kiyoshi a repris sa vie de pilote. Pilote Spice, il participa une fois aux 24 heures du Mans. Tandis qu'un volant sur une Supra "usine" l'emmena jusqu'aux 24 heures de Spa. Il fit des apparitions en Super GT, jusqu'au début des années 2000.
Yuko Enatsu a eu des petits rôles, puis elle quitta les planches, à la fin des années 70. Notez que la plupart des acteurs se retrouvèrent à un moment ou à un autre dans Ultraman et dans X-Or !
La carrière de Kiyoshi Nishimura n'a pas survécu non plus aux années 70. Il est mort en 1993.
Hiroyuki Itsuki est toujours de ce monde. Ses romans sont régulièrement adaptés à l'écran. Notez qu'en France, il a une réputation d'écrivain "sérieux".


































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