J'ai passé un week-end à Lyon. Pour descendre, j'avais besoin de louez une voiture. Je me suis retrouvé avec une Mercedes-Benz E200 d. Ce fut donc l'occasion d'un essai impromptu.
En fait, j'avais réservé un Renault Rafale. Mais en cette période estivale, les voitures de location étaient rares. Même à l'aéroport Roissy Charles de Gaulle. On m'a donc proposé une BMW Série 3 ou une Mercedes-Benz Classe E.
Oui, même après toutes ces années, je garde la dent dure contre BMW.
Présentation
Ce coup-ci, je suis sûr d'avoir bien identifié "ma" Mercedes-Benz ! C'est bien une E200 d (à vue de nez, une Avantgarde 163ch.)
La fiche technique me répond qu'en deux générations, elle n'a pris que 7cm en longueur et que la hauteur est rigoureusement identique. Par contre, l'empattement à gagné 9cm et c'est pour cela qu'elle a cette silhouette très effilée.
Je n'ai jamais été fan des calandres avec la grosse étoile dessus. Sur un roadster ou une supercar Mercedes-Benz, oui, mais sur une berline, ça fait m'as-tu-vu. J'ai la nostalgie des anciennes calandres à barres, surmontée d'une étoile chromée.
Les jantes 17 pouces d'origine me semblent déjà énormes. Dire qu'en option, on peut avoir du 18 pouces, voire du 19 pouces.
Je ne suis pas insensible à l'aura de l'étoile.
Dans mon enfance, les Mercedes-Benz, c'était une voiture de faux riche, surtout les 190 et
W123. C'était la voiture de la personne qui ne partait jamais en vacances. Celle de l'immigré qui s'habillait avec des haillons, mais qui frimait au bled chaque été.
Mais une fois adulte, l'image avait été modifiée. C'était devenu un symbole de statut social. Pour un cadre senior, rouler en Classe A, cela signifiait qu'il changeait de catégorie socio-professionnelle. J'ai même connu des gens qui étaient effrayés à l'idée de rouler en Mercedes-Benz : c'était un symbole trop criant de leur réussite financière. J'en suis resté là. Un week-end en Mercedes-Benz, c'est toucher du doigt un monde bourgeois.
Même dans cette configuration basique, elle possède un aspect statutaire.
Hélas, depuis, Mercedes-Benz a dilapidé son image. C'est devenu une voiture de parvenus. Ambiance parking chez Action et cortèges de mariage...
Visez d'ailleurs la radio choisie par le précédent propriétaire :
L'autocollant "diesel", bien cloqué, trahit le fait que ce soit une location.
Intérieur
Mercedes-Benz vise avant tous les flottes (taxis, VTC...) avec la Classe E. Point positif : un intérieur spacieux, y compris à l'arrière.
Oui, j'ai écrit "point positif" au singulier. Par contre, je vais employer le pluriel pour évoquer LES "points négatifs". On l'a dit, c'est une voiture destinée aux flottes. Les utilisateurs n'y voient qu'un déplaçoire.
On est tout de même sur une fichue voiture à 63 850€ ! Soixante trois mille huit cent cinquante euros ! C'est une sacrée somme, non ? Pourtant, la firme à l'étoile est d'une pingrerie infinie. Le siège est électrique, sauf pour le réglage dans la longueur, qui est manuel !
L'intérieur est tapissé d'un "insert décoratif en frêne noir à pores ouverts" (dixit Mercedes-Benz.) Du frêne Temu, c'est une nouvelle essence ! C'est un plastique minable ; même le pire fabricant de jouet cantonnais n'en voudrait pas ! Trêve de plaisanterie, à la longue, il risque de casser.
Vous disposez d'un écran de 14,4 pouces, avec MBUX, l'assistant virtuel. MBUX est en veille et il se déclenche à la moindre question. Or, lorsque vous avez un passager, l'échange est souvent basé autour de questions. Par exemple : "Comment ça va ?", "Qu'est-ce que tu deviens ?", "On mange où ?", "Tu es sûre de la route ?" Et invariablement, MBUX s'invite dans la conversation. A la longue, vous n'osez plus parler... Par contre, MBUX, lui, n'hésite pas à parler tout seul ! Il évoquera longuement ses fonctionnalités et ses prouesses. "Hey Mercedes, tu peux fermer ta gueule ?"
Au volant
En ville, vous êtes très vite à l'étroit. Sur la photo, c'était l'ascenseur d'un parking souterrain (!) et comme vous le voyez, ça entrait au millipoil... Pensez à prendre l'assurance optionelle, car les loueurs factures très cher le coup de polish pour réparer une éraflure.
A Lyon, comme à Paris, la mairie aime faire des travaux. Par contre, ils aiment moins effacer les lignes jaunes. D'où des espèces de mikado au sol. La voiture y voit une sortie de route, voire des obstacles. Habituez-vous aux freinages d'urgence ! Sans oublier les nombreuses alarmes...
Autrefois, les Mercedes-Benz Classe E avait des volants d'autocars : 42cm de diamètre, avec une jante très fine. Sur la W214, on est descendu à un volant 37cm, avec jante épaisse et nombre de tours de buté à buté réduits. Ca fait plaisir aux formulix. Par contre, en ville, vous manquez de précision. Et comme le volant n'est pas circulaire, c'est compliqué de bouger ses mains dessus (pour faire un créneau, par exemple.)
Point positif : la boite automatique à 9 rapports, très bien étagée. Malgré 160ch pour 1,8 tonnes, l'E200 d est capable de bondir au feu vert.
Sur autoroute, l'ambiance change du tout au tout. On sent que c'est son terrain de jeu. Je n'ai pas testé la v max annoncée de 220 km/h (NDLA : en fait, 222 km/h.) Mais à vitesse pas très raisonnable, il n'y a aucun bruit et vous êtes sur des rails.
Pour qui est habitué aux SUV électriques avec leurs suspensions en noyaux de pèche, c'est un sacré changement. Cet authentique Autobahnkurier avale les kilomètres. En silence, qui plus est. Et vous êtes frais comme un gardon à l'arrivée.
Le Distronic Plus est aussi un bon allié. Il permet de maintenir une vitesse de croisière, tout en s'adaptant aux voitures qui déboitent sous votre nez.
Un autre avantage des berlines thermique, sur les longs trajets, c'est le coffre. Entre les batteries et le porte-à-faux arrière réduit, les SUV électriques ont des coffres minuscules et mal agencés. Le bonnet d'âne est pour le gros Leapmotor C10, avec ses 400 dm3. Donc on a tendance à laisser des bagages dans l'habitacle, où ils sont vulnérable à chaque halte.
La Classe E, c'est un coffre de 540 dm3, avec un seuil de chargement bas. Donc toutes vos valises entrent dedans et vous ne laissez rien d'apparent.
Seul bémol : la fermeture est manuelle. Encore un coup de mesquinerie bavaroise.
Les SUV électriques, c'est du masochisme ! Il faut lire les articles de "Sojasun", qui se vante d'être un "hyper-miler". En roulant à 110km/h, à vide, sans clim, il peut approcher l'autonomie WLTP. Il a presque pu faire un Paris-Nantes sans recharger. Et toc, les vroomers !
Pendant ce temps, grâce au 4 cylindres 2,0l turbo-mazout, l'E200 d peut largement dépasser les 1000km d'autonomie. Et pas besoin de couper la clim, ni d'avoir le pied droit léger ! Le seul défaut, c'est qu'après, il faut remplir la citerne de 65 litres. A 2,25€ le litre de gazoil, faites le calcul...
Conclusion(s)
Lors de l'essai Mercedes-Benz Classe E, en 2009, on avait droit au dîner avec des cadres de Mercedes-Benz France. Avec les incontournables faux "off". Le directeur commercial évoquait le bonus/malus. C'était la première fois que j'en avais entendu parler. Avant 2009, personne ne savait combien de CO2 sa voiture émettait.
Le bonus/malus devait être avant tout une taxe sur les voitures. Dans un vernis écologique, les voitures propres étaient récompensées. Qu'on fait les Français ? Ils se sont jetés sur les voitures bonifiés et du coup, le dispositif est devenu excédentaire. Le calcul était basé exclusivement sur les émissions de CO2 ; ce qui avantageait le diesel. Les autres pays Européens avaient implantés des dispositifs similaires. Mais c'est en France que l'on a connu la folie du tout-diesel. De la micro-citadine à la grande berline, en passant par les cabriolets. On a même failli avoir une Audi R8 TDI ! Je me rappelle d'un lancement où la voiture était proposée en dix motorisations, dont neuf diesel ! La Renault Fluence étaient commercialisée en France exclusivement avec des diesel. Au lieu de faire marche arrière, le gouvernement s'est entêté. Les constructeurs rajoutaient un stop & start, de l'AdBlue et ils jouaient les champions de l'écologie...
Les généralistes européens faisaient dans la surenchère. Volkswagen tenta d'implanter le TDI aux States. En 2008, ils avaient emmené les médias US pour un tour des Rocheuses en Audi Q7 TDI. Un bon moyen d'obtenir des publi-reportages... Peu après, Chrysler, Ford et GM se placèrent sous la protection des faillites. Barack Obama accepta de les renflouer, en échange d'une saignée (en gros, la revente des marques extra-américaines et la fermeture des usines aux Canada ou au Mexique.) Les Etats-Unis adoptèrent aussi une politique plus offensive à l'égard des "import". Le premier à payer fut Toyota, qui se vantait d'être le premier constructeur Américain. Le "pedalgate" fut monté en épingle, afin de mettre en doute la sécurité et la qualité de fabrication de ses modèles. Le second sur la liste, ce fut Volkswagen. Lui aussi c'était montré trop orgueilleux. Le "dieselgate" éclata en 2015 et là aussi, il s'agissait d'un levier pour accuser le constructeur dans son ensemble. J'ai l'impression que la presse US était d'autant plus virulente qu'ils voulaient surtout pas que l'on enquête sur les conditions de la "présentation" Q7 TDI sus-citée...
Honnêtement, les autres constructeurs trafiquaient leurs diesel. En fait, qu'il s'agisse de normes pour mesurer ou pour autoriser, l'histoire fut pleine de triches. Parfois, le législateur était complaisant et parfois, il sortait le bâton. Le bâton, ce fut la norme européenne WLTP de 2018. De toute façon, le public avait déjà été dégouté par le diesel. Toyota, qui ne commercialisait des VL diesel que pour le marché Européen, stoppa ses D4-D en 2018. Bientôt, même les généralistes Européens durent abandonner cette poule aux œufs d'or.
Tout ça pour dire que l'on est passé d'un extrême à l'autre. On a jeté le bébé avec l'eau du bain. Le diesel reste nécessaire dans trois cas.
Les 4x4 : le couple est nécessaire pour le franchissement ou le déplacement sur de longues distances.
Les très gros rouleurs : le diesel permet d'effectuer de grandes distances sans s'arrêter. Les 3-cylindres turbo essence ont par nature une fiabilité limitée. Quant à l'électrique, la valeur à la revente est nulle.
Sur le diesel, on a fait de l'idéologie. En 2026, on devrait être capable de dire : "Là, le diesel est la meilleure solution, point."
Et cette E200 d ?
Mercedes-Benz vise clairement avant tout une clientèle de taxis/VTC et de parvenus. Les premiers cités voient la voiture comme un outil. Effectivement, cette E200 d est spacieuse, confortable et nerveuse. Sans oublier un coffre très vaste. En résumé, un taxi ou un VTC idéal, même si elle est à l'étroit en ville. La seconde clientèle veut de l'ostentatoire. Du "j'ai un Merco". Effectivement, elle est imposante et elle vous permettra de frimer dans un cortège de mariage ou sur le parking d'Action.
Quid des gens normaux ? Elle coûte 63 850€ et le compte n'y est pas. Pour obtenir de vrais sièges et un vrai intérieur, il faut prendre le pack cuir (3 400€) et les inserts en érable (800€), ce qui nous amène à 68 300€, pour une voiture de 160ch !
Après, cette voiture manque de cachet. La calandre béante, les fausses sorties d'échappement ou les étoiles dans les feux arrières sont autant de touches de mauvais goût. Depuis plusieurs années, le premium allemand vise une clientèle wesh-wesh. Avec le risque de faire fuir les CSP++. En espérant qu'ils savent ce qu'ils font...
Elle émet 123g de CO2. Mais comme elle pèse plus de 1,7t, c'est le malus poids (4 020€) qui prime.
Encore une étude très détaillée et racontée avec humour. En ts ca, elle n'a pas besoin de prêcher un convaincu: jamais Mercédès !
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