Dragstrip Riot

Après la littérature hot-rod, voici le cinéma hot-rod ! Dragstrip Riot, c'est un de ces films à voir au second degré. Je sais que le DVD ne paye pas de mine, mais ce n'est pas un DVD pirate...

Hollywood, c'est avant tout des gros studios. Malgré l'arrivé de la télévision, cela restait une industrie rentable. En 1948, la Cour Suprême força les studios à revendre leurs réseaux de salles.

Des francs-tireurs se lancèrent : King Brothers Production, Palo Alto Productions, Reynold Pictures... Ils tournaient à la chaine, avec des budgets microscopiques. Dragstrip Riot fut ainsi tourné en trois semaines ! Ces producteurs indépendants proposaient des package de deux films, aux salles de cinéma, à des prix défiants toute concurrence.

Hollywood multipliait les films à grands spectacle, avec des milliers de figurants : Spartacus, Cléopâtre, Lawrence d'Arabie... Nos margoulins, eux, n'avaient ni l'envie, ni les moyens de faire cela. Ils visaient davantage un public de 15-25 ans. Ils produisaient des films qu'Hollywood délaissaient : science-fiction, aventure...

En 1950, Henry Gregor Felsen publia Hot Rod. Ce fut un carton et l'écrivain lança la chaine de production.
Nos producteurs du dimanche de se dire : "Si la littérature hot-rod marche, pourquoi ne pas transposer ce style à l'écran ? Il y a un filon à exploiter !"

Pour attirer le spectateur, les producteurs de série B avaient pris l'habitude de survendre le film. Du sexe ! De l'hémoglobine ! De la musique de noirs ! Le jeune spectateur avait l'impression de voir un film quasi-interdit...
Il fallait bien ça, vu que la distribution du film était composée de parfaits inconnus...

Dragstrip Riot n'échappa pas à la règle. Regardez ce jeune automobiliste qui tente de se protéger d'un motard agressif, sous les yeux de sa copine mortifiée... Notez que pour une fois, il y a une scène dans le film qui ressemble à peu près à l'affiche. Le mot "Riot" (baston) était bien écrit en grand et le sous-texte "meurtre... A 190 kilomètres heure !" laisse rêveur.

La mode des hot-rod movies fut très éphémère. Forcément, après s'être fait avoir une fois, le spectateur n'allait pas tomber dans le panneau une seconde fois.
Surtout, les producteurs s'étaient trouvé un nouveau filon... Kathy Kohner était une jeune immigré passionnée de surf. En 1957, son père, Frederick Kohner, scénariste au chômage, en tira un roman pour ados, Gidget. Gidget fut adapté à l'écran en 1959 et il lança la mode des surf movies. C'était un sacré prétexte pour montrer des femmes en bikini...

Notez que les hot-rod movies déteignirent sur Henry Felsen : plus de romance, moins de leçons sur la sécurité routière. Je reste persuadé que la couverture de Crash Club s'inspirait de Dragstrip Riot.

Assez de palabres, pressons sur "play" !

La Corvette C1 avait débuté avec le poussif 6-cylindres Blue Flame 3,9l 150ch. Une mécanique indigne de son look sportif. En 1955, elle profita de l'arrivée du V8 4,3l 195ch. En 1956, la C1 eu droit à un profond lifting, avec également des trains roulants propres et une cure de vitamines pour le V8. L'année suivante, le V8 fut réalésé à 4,6l, avec une version 290ch. La 'Vette s'imposait comme une vraie voiture de sport.

Tant pis pour les hot-rods ! Le générique de Dragstrip Riot en mettait plein la vue avec six Corvette '56-'57... En fait, il n'y en avait que deux. Les quatre autres étaient des '53-'55.

Le personnage principal, c'est Rick Martin (un, dos, tres !) Un jeune passionné de vitesse. Son père, aviateur, a péri durant la Seconde Guerre Mondiale (d'où le portrait.) Il se fait élever par sa mère et son grand-père.
A priori, personne ne travaille dans la maisonnée. Pourtant, le fiston peut se payer une Corvette neuve !

Gary Clarke avait auditionné comme figurant. Il eu le premier rôle et il se tint en blond. Visiblement, il a beaucoup vu La fureur de vivre. Au point de trainer son regard de chien battu pendant tout le film ! Fay Wray, ex-starlette du muet, joue la mère.


Assis dans la Corvette, on a Bart (aye caramba !) Son activité principale consiste à trahir et à se dégonfler. Il lui arrive même de trahir les gens pour lesquels il avait trahis d'autres gens ! On n'a pas vu cela depuis Opération Las Vegas !

Le cœur de Janet balance entre les deux hommes... En fait, dès la deuxième scène, elle choisit Rick.


Les autres membres du "gang" sont à peine évoqués. Dans l'une des premières scènes, la caméra s'arrête sur ce gentil loser. Il tente ensuite de draguer une brune à forte poitrine et se fait gifler devant tous le monde... Vous avez aimé ce second rôle comique ? Dommage, on ne le reverra plus du film !


Silva est le chef du gang de motards. En hommage à L'Equipée Sauvage, ils chevauchent tous des Triumph. Pour le reste, ce sous-sous-Marlon Brando se prend régulièrement des raclés. 

John Garwood joua les motards neuf ans plus tard dans Le retour des anges de la mort. Il y croise un jeune Jack Nicholson, un an avant qu'il crève l'écran dans Easy Rider.


Comme Rick, Silva est entouré de figurants quasi-muets. Visez tout de même Lisa. Jean très cintré et clope au bec, elle a beaucoup plus de charme et de charisme que les blondes génériques des "gentils".


Le principal défaut de Dragstrip Riot, c'est qu'on ne comprend pas l'intrigue. Est-ce une bataille entre motards et coureurs automobile ? Suit-on les débuts d'un pilote automobile ? Est-ce que c'est censé être un triangle amoureux entre Rick, Bart et Janet ? Est-ce que c'est un film sur l'été à la plage ?

Les acteurs, dont la plupart sont débutants, voire non-professionnels, font ce qu'ils peuvent. Ici, Cliff est parachuté meilleur ami de Rick. Il doit l'aider à préparer sa voiture, en vue d'une course. Mais Rick est contrarié d'avoir été privé de sortie. Cliff prend la défense de la mère de Rick. Et à la fin : "En fait, on devait pas préparer ta voiture ? Ah oui, on va lui mettre un régime moteur plus élevé !"


Rick et Bart s'affrontent en piste. La production a utilisé des images de Palm Springs (avec son aéroport en arrière plan) et de Willow Springs.

On ne voit absolument pas la différence de qualité des stock shots !


Une Mercedes-Benz 300SL, une Jaguar XK120 et une MG A sont là pour donner une impression de peloton. Oui, on veut nous faire croire qu'une MG A peut suivre une 300 SL à pleine vitesse !

L'idée d'une course de GT qui file à travers la campagne, c'était déjà en toile de fond de The Fast and the furious. Et ça fut surtout repris dans Viva Las Vegas...

Le réalisateur a voulu filmer la course depuis une voiture travelling. Une bonne idée. Sauf qu'il est incapable de cadrer !


Le montage est pour le moins particulier ! La plupart des scènes s'arrêtent net, alors qu'on aurait pu les étirer d'une ou deux minutes. Notamment pour créer de la tension.

Du coup, le réalisateur se retrouve un peu short en métrage. Solution : des séquences de comédies musicales. Connie Stevens (qui n'a pas vraiment de rôle) pousse la chansonnette.

Trois scénaristes se sont succédés à la barre de Dragstrip Riot. Apparemment, au lieu de retourner les scènes à chaque fois, ils se sont contenté de les empiler !


Dragstrip Riot semble avoir été tourné dans une cité balnéaire, avec des maisons émergents des dunes. Sauf que la cité balnéaire en question, c'est Malibu ! Il y a une scène, où, depuis un point haut, Rick et Janet regardent Los Angeles, en contrebas.
En 1958, la cité des anges n'avait pas encore atteint la cote. Aujourd'hui, Malibu est complètement urbanisé.


Pour un film tourné à la va-vite, on a vu pire. Après, sans dépenser un cent de plus, il aurait été tellement facile de faire mieux...

L'amateur de voitures n'apprendra pas grand chose sur le milieu californien du "road racing". Et bien sûr, point de dragster, ni de piste de drag (dragstrip.) Au moins, les Corvette sont bien mises en valeur.

Le "riot", lui, a lieu dans la scène finale. Les coureurs automobile et les motards s'affrontent à deux contre un, dans la pénombre. Notez, à l'arrière-plan, un homme à terre. Il ne sait pas s'il est censé être vivant ou pas. Alors parfois il bouge, parfois il reste immobile.

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