Une Cadillac F1 (NDLA : du moins, une maquette) à Paris. Je me devais d'y aller ! L'occasion d'évoquer le futur très incertain de l'écurie.
Comme souvent, tout a commencé sur les réseaux sociaux. Philippe Barret signalait la présence de la Cadillac MAC-26 au show-room Parisien de la marque.
L'actualité automobilesque étant calme en cette fin août, je me devais de voir cela. D'autant plus que je préparais un papier sur l'écurie de F1 du constructeur...
Connaissant Cadillac, je m'attendais à ce qu'il y ait un loup. Un show-room dans Paris ? Vous voulez dire un endroit où des gens pourraient rencontrer des représentants de Cadillac, leur poser des questions, voire, soyons fou, passer commande d'un véhicule ? Ce n'est pas
le genre de la maison !
Cadillac, c'est 40 ans de non-stratégie en France. Il y a eu Jean Charles Automobile, NAVI (une émanation de Jean Charles Automobile), GM Europe, Kroymans et aujourd'hui, Cadillac Europe... Basé en Suisse. J'hésite entre l'incompétence, le manque de moyen et un dédain général du public. En tout cas, jusqu'à présent, il y a eu zéro remise en cause.
Et effectivement, le show-room est fermé. J'étais présent aux heures d'ouvertures, mais les portes étaient closes. Il n'y avait personne à l'intérieur et aucun mot explicatif. Même celui d'Avenue de New York est plus animé !
Je dois donc me contenter de regarder le Vistiq depuis la rue.
Notez que le lendemain, quelqu'un d'autre a eu plus de chance : le vigile lui a ouvert et il lui a fait l'article !
La plus petite Cad' importée en France, c'est le SUV Optiq. Le tarif débute à 69 500€. Vous voulez mettre 70 000€ dans une voiture et c'est le vigile qui vous la présente... Comment voulez-vous avoir confiance en une marque qui n'est même pas fichue de staffer son show-room ?
Bref... Revenons à la MAC-26.
Fin 2022, Audi annonçait son arrivée en F1, via la reprise de Sauber. Quelques mois plus tard, la rumeur parlait d'un projet Andretti-Cadillac. Liberty F1 y mit son véto et Andretti le traina devant les tribunaux. Ca sentait le projet condamné. Pourtant, en mars 2025, Cadillac entrait officiellement en F1. Entre temps, TWG Motorsport avait pris le contrôle d'Andretti. En bons Allemands, Audi prit près de quatre ans pour racheter Sauber, remodeler l'organigramme et créer son propre moteur. A contrario, Cadillac F1 n'a eu besoin que d'un an pour bâtir ex nihilo une écurie. Cadillac F1 possède une usine distincte de celle d'Andretti. Et dès l'an prochain, elle disposera de son propre moteur ! Faute de voiture laboratoire, Cadillac s'est contenté d'un unique roulage avec Sergio Pérez en SF-23, à Imola. Cadillac utilise provisoirement un moteur Ferrari, en attendant son propre "Power Unit".
Côté pilotes, Cadillac a logiquement fait appel à des valeurs sûres : Sergio Pérez et Valtteri Bottas. Daniel Ricciardo était leur premier choix, mais il a déclaré avoir définitivement abandonné la F1. Quoi qu'il en soit, le Mexicain et le Finlandais sont deux pilotes d'expérience, anciens vainqueur de Grand Prix. Certes, ils ont dépassé la date de péremption. Mais pour une première saison, il faut avant tout des pilotes d'essai. Côté pilotes d'essais Colton Herta est un homme d'Andretti, il apporte un budget et il compte venir en F1. Par contre, faute de points de super-licence, il ne peut pas sauter dans le baquet de la MAC-26, en cas de défaillance des titulaires. Zhou Guanyu possède une super-licence et il a l'habitude du moteur Ferrari. Son intronisation est logique. Les gags Pietro Fittipaldi, Simon Pagenaud et Charlie Eastwood semblent avoir fait long feu.
Voilà, c'était la partie censée de Cadillac F1. Maintenant, on va passer à des choses ayant de moins en moins de sens... Pour l'organigramme du team, il aurait fallu soit quelqu'un de "corporate", soit un bâtisseur. A la fois fille biologique et fille spirituelle de Michael Andretti, Marissa Andretti suivait le projet depuis 2023. Elle a les reins solides... Mais depuis la reprise d'Andretti Global par TWG, toute la famille a été écartée (Michael Andretti n'ayant plus qu'un strapontin.) René Rosin aurait pu être un autre choix. Dégagé de Prema, il a l'habitude de monter des structures. Car créer une équipe, ce n'est pas la même chose que gérer une équipe en place. A la place, Cadillac a préféré sortir Graeme Lowdon de l'EHPAD. Graeme Lowdon, dont le CV se limite à la création de Virgin F1, devenue Marussia F1. L'homme qui avait donné carte blanche à Nick Wirth pour créer une F1 uniquement par ordinateur, sans soufflerie. L'homme qui avait fait rouler Maria de Vilotta sur un vieil aérodrome, au milieu d'avions de collections... Cadillac a recruté des anciens second couteaux comme Rob White, Nick Chester ou Pat Symonds. Récemment, Graeme Lowdon a été remplacé au profit de Marcin Budkowski, qui a davantage un profil de bureaucrate que d'aventurier...

Une écurie qui débute ne peut pas espérer grand chose. Sans surprise, Cadillac est la lanterne rouge du classement. La voiture rend une seconde pleine aux meilleurs et sa fiabilité est désastreuse. Sur le Red Bull Ring, Pérez et Bottas ont tout les deux été trahi par leur frein. Avec onze abandons en douze épreuves, Cadillac possède les pires statistiques... A égalité avec Aston Martin. Mais là où Fernando Alonso a réussi à grapiller quelques points, Cad' reste hors de porté de tir des points.
Néanmoins, il y a pire. L'écurie Cadillac n'appartient pas à GM, mais à TWG Motorsport. Le futur moteur ne sera pas conçu par GM Racing and Performance Center (comme le bloc des Cadillac WEC), mais par le GM Performance Power Units, une joint-venture entre GM et TWG.
J'ai toujours été mitigé sur la capacité financière de TWG Motorsport. La structure a racheté coup sur coup Andretti et Wayne Taylor Racing. L'ensemble est a priori cohérent. Wayne Taylor Racing permet à TWG de couvrir l'ensemble de programmes de Cadillac... Sauf que TWG Motorsport est également actionnaire de Spire Motorsport (une écurie de Nascar très moyenne) et de Walkinshaw (ex-Holden Racing Team) en Supercars. Pour le coup, on perd cette cohérence et d'éventuelles synergies possible.
Le plus troublant, c'est que Mark Walter et son adjoint Dan Towriss n'ont rien de "racers". Leur passion pour le sport auto est aussi tardive. De plus, leur rôle semble se limiter à faire des chèques en blanc. Une entreprise arrivée de nul part, avec de très grandes ambitions et des finances illimités, on a connu ça : Brand Motorsport,
Direxiv, ISM Racing, Landhurst Leasing, Level 5 Motorsports, le Prince Malik, Shannon Racing ou plus récemment, Iron Dames... Sans pouvoir en dire plus, vous voyez où je veux en venir... Les mois passèrent et j'ai pensé : "Non, ce n'est plus possible. Liberty F1 doit enquêter un minimum. A fortiori après avoir jugé la première mouture de Cadillac F1 "pas assez crédible"."
TWG, c'est The Walter Group. En 1996, Mark Walter co-fonda Liberty Hampshire Company, un fond d'investissement. En 1999, il se rapprocha de Peter Lawson-Johnson II, descendant des Guggenheim et il créa Guggenheim Partners. Guggenheim Partners investit notamment dans les sports collectifs (LA Dodgers, LA Lakers, LA Sparks - WNBA- et Billie Jean King Cup -ex-Fed Cup-), les assurances et l'IA. En 2024, Mark Walter créa TWG pour chapeauter ces activités. Via le consortium BlueCo, il est également actionnaire de Chelsea et du RC Strasbourg.
Dès 2012, Mark Walter fut accusé d'avoir utilisé ses assurances pour financer les acquisitions de Guggenheim Partners. Effectivement, jusqu'à 45% du portefeuille d'actifs de 1001 Insurance (le pôle assurance de TWG) sont placés dans des sociétés de TWG. En 2025, TWG et Mubadala - le fond-souverain d'Abou Dhabi - ont passé un accord de participation croisées. Mubadala et TWG ont pris ensemble le contrôle de Clear Channel.
Mubadala devait payer 11,5 milliards d'euros à TWG, mais les fonds sont bloqués par le FBI. Depuis 2024, Mark Walter est dans le viseur du FBI. L'affaire des assurances ressort et l'on parle de 18 milliards d'euros d'investissements douteux. TWG a décidé de réduire la dépendance de ses sociétés à ses propres assurances. On parle également de problème de liquidité. Le groupe a revendu les LA Lakers (réalisant un petit profit au passage.) Pour la presse US, TWG devrait rapidement revendre ses parts de BlueCo et peut-être même les LA Dodgers. En tout cas, à les écouter, il y a une sacrée voie d'eau dans le navire TWG. A côté d'eux, je semblait bien timoré ! Mark Walter et TWG doivent faire
des points quasi quotidiens.

Le FBI utilise RICO. C'est l'équivalent du recel et du blanchiment en bande organisée. A ceci près qu'il concerne la personne morale et non la personne physique. Le FBI a gelé le rachat partiel de TWG par Mubadala. Il pourrait bloquer d'autres fonds, afin d'empêcher une dissolution de TWG. Le tout, alors que TWG n'est que mis en examen !
L'automne devrait être décisif. Mark Walter pourrait opter pour une négociation extra-judiciaire avec le juge. A savoir payer plusieurs fois les 18 milliards d'investissements douteux, en échange de l'abandon des poursuites. Dan Towriss, le "monsieur assurance" de TWG, pourrait être abandonné en rase campagne. Ca serait le seul signe extérieur, tandis que TWG pourrait se vanter d'avoir été blanchi. Reste à savoir s'il aurait les moyens de poursuivre l'aventure Cadillac F1...
Après, deux menaces planent sur TWG. La première, c'est une condamnation mortifère de TWG et de Mark Walter. La seconde, ce serait un défaut de paiement de TWG. Les conséquences seraient les mêmes : un effondrement rapide du groupe, sur fond d'escroquerie (prouvée ou supposée.) GM, qui ne fait que du branding, pourrait s'éloigner au plus vite, afin de ne pas être éclaboussé. Cadillac jurerait qu'il a été dupé et qu'il fait parti des victimes. Ce serait la fin de Cadillac F1, voire d'Andretti Global, du Wayne Taylor Racing et de Walkinshaw.
En tout cas, la saison 2027 de Cadillac F1 est au conditionnel, pour l'instant.
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