Les voitures de Zanzibar (et de Tanzanie)

Non, ce ne sont pas des images tirées de numéros des Routes de l'impossible ! Voici mon album-photo automobilistique de Zanzibar (et de la Tanzanie.)

La Tanzanie faisait naguère partie de l'Afrique Anglophone. Voilà pourquoi les voitures y ont le volant à droite et qu'elles roulent à gauche.

Je m'attendais donc à y croiser nombre d'anciennes productions Britanniques. Des Rover, des Vauxhall, des Ford... Peut-être même jusqu'à British Leyland et Rootes. Sans oublier des poids-lourds Foden, ERF ou Bedford...
En fait, malgré son histoire et son appartenance au Commonwealth, la Tanzanie n'a plus grand chose de Britannique. On ne vous y proposera pas un "cuppa" et je n'ai pas vu de Tesco. Quant aux voitures. Cette MINI est l'exception qui confirme la règle.

L'unique souvenir Britannique, c'est le Land Rover. Depuis le "Series" jusqu'aux derniers Defender. On le retrouve bien sûr dans les safari.

L'attrait des Tanzaniens pour Land Rover s'étend à d'autres modèles. Il n'est pas rare de croiser un Discovery ou un Range Rover de quatrième main, fatigué, mais prêt à rendre service.

Toy Story

Le N°1 incontesté du parc auto Tanzanien, c'est le Toyota Land Cruiser J70. Châssis court, châssis long, pick-up... En tenue de safari ou de policier... J'ai même vu des J70 ambulance et fourgons blindés ! Le Toy' est présent à presque tous les coins de rue.

En N°2, nous avons le Toyota Rav4, très prisé à Zanzibar. 3 ou 5 portes, mais presque toujours blanc !

En troisième position, vous l'aurez deviné, une Toyota. L'Ist est l'une des rares voitures basses vraiment diffusée. Jamais vendue en Europe, l'Ist était une Yaris 1 qui jouait les crossover. La deuxième génération fut brièvement importée sous le nom d'Urban Cruiser. Notez aussi que ChangAn s'est beaucoup inspiré de l'Ist pour sa CX20, un monospace compact qui jouait les compact.

Toyota est clairement la marque préférée des Tanzaniens ! Elle représente l'essentiel du parc VP.

Voici un florilège :

La plupart des voitures de Bali avaient été vendues neuves à Bali, via des distributeurs officiels. Beaucoup ont même été assemblées sur place.
A contrario, celles de Tanzanie viennent du Japon. Des exportateurs récupèrent les voitures dont les Japonais ne veulent plus, puis ils les expédient vers l'Afrique. Beaucoup sont déjà très fatiguées. Voilà pourquoi l'essentiel du parc date d'environ 2005, à plus ou moins 5 ans.

Pour les pièces détachées, il faut dépouiller une épave. On comprend donc que les Tanzaniens préfèrent acheter des véhicules dont des exemplaires roulent en nombre dans le pays.

Les Chinois tentent tout de même de croire qu'il existe un marché du VN en Tanzanie.

Notez que les MG proposées viennent non pas de Chine, ni de Thaïlande (le hub "conduite à droite" de la marque à l'octogone), mais d'Inde. Il s'agit de Baojun (donc de Wuling) rebadgées !

Les Indiens ont réussi à percer dans le marché des voitures de safari. Prenez un Mahindra Pic-up (sic.) découpez le pavillon au niveau des portières, ajoutez un arceau en ferronnerie, avec trois rangées de sièges et voilà ! Notez que les sièges, le tableau de bord et le toit sont recouverts de housses amovibles. Pour enlever la terre ocre, qui s'infiltre partout, on déshabille entièrement le véhicule !

Notez aussi que c'est le même châssis que les Jeepney philippins.

Côté safari, le véhicule le plus improbable, c'est le Suzuki Jimny (alias Santana Samurai.) Là encore, ils sont parti d'un pick-up, qui a perdu le toit de son pavillon. La partie arrière, incluant les feux, est constituée d'un demi masque arrière d'un Jimny 3 portes !

Minibus (Cécile de)

En Tanzanie, les VTC, ce sont invariablement des minivans Japonais blancs. La plaque d'immatriculation rouge signifie qu'ils appartiennent à des opérateurs de transport en commun (publics ou privés.)

On a ici un bel alignement, aux arrivés de l'aéroport de Zanzibar :

Pour les Tanzaniens, le moyen de transport inter-cités, ce sont les dala dala. Il s'agit de Toyota Dyna à l'arrière desquels ils ont installés une structure basique en fer. Les passagers sont assis, avec leurs bagages sur une galerie.
L'assistant à l'arrière est à la fois receveur et bagagiste. Il n'a aucune liaison avec le chauffeur et parfois, ce dernier part alors que l'assistant place des bagages sur le toit !


Le grand luxe, c'est le Toyota Coaster. Il s'agit d'anciens cars scolaires. Certains possèdent encore leurs inscription en japonais ou en cantonais.


 L'alternative, c'est le bus Tata ou Eicher. Pas terrible, mais au moins, c'est du neuf...

Super-lourd

Les utilitaires de poches japonais sont très présent dans la circulation. A Zanzibar, on les aime plutôt blanc. Parfois, ils portent encore les couleurs d'artisans japonais.


L'île de Zanzibar ne mesure que 85 km de long et les routes sont plus ou moins bitumées.

En Tanzanie, les utilitaires servent de cordons ombilical avec les villages de la brousse. Donc ils vieillissent plus vite. D'autant plus qu'ils sont souvent chargés à mort.

Sachant que les voitures particulières sont Japonaises, que les minibus sont Japonais et que les utilitaires légers viennent du Japon, d'où proviennent les poids-lourd ? Réponse : de Chine. Et oui, il y avait un piège !

Pays naguère marxiste, puis maoïste, la Tanzanie a mis beaucoup d'eau dans son vin. Mais elle reste un partenaire historique de la Chine.


FAW, DongFeng, Sinotruk, Howo, Sany... En Tanzanie, les camions parlent souvent chinois. Et bien sûr, ce sont majoritairement des camions tout-terrains.


Au milieu de ses chinoiseries, on remarque une unique marque occidentale : Scania.

La Zambie communiste servait de base arrière à la guérilla indépendantiste de Rhodésie. Or, les principales routes sortants de Zambie menaient en Rhodésie. Salisbury (aujourd'hui Harare) finit par couper les ponts - au sens propre - avec la Zambie. Ce dernier se tourna vers la Tanzanie et ils construisirent une voie ferrée - financée par la Chine -. Les travaux débutèrent en 1970 et la Chine manquait alors de camions civils. Scania profita de la neutralité Suédoise pour proposer ses poids-lourd.
En 1973, Scania ouvrit un importateur officiel. En 1982, Scania et l'état Tanzanien construisirent un atelier de CKD, à Kibaha. Il tourna durant une quinzaine d'années. Scania s'en désengagea. L'état Tanzanien devait trouver un autre partenaire. Depuis, on parle régulièrement d'assembler des voitures à Kibaha ; c'est un marronnier local.

Cela fait donc plus de 30 ans que Scania n'assemble plus en Tanzanie. Pourtant, ses camions continuent d'y avoir bonne presse.

2/3 roues

Point de taxis en Tanzanie. Pour se déplacer à l'intérieur des villes, il y a les bajaji. Le Piaggio Ape City est la monture historique. Mais l'Indien TVS est en train de le supplanter.

A la campagne, le mode de transport basique, ce sont les moto-taxis. Au mépris des règlements locaux, certains embarquent deux, voire trois passagers -sans casque, bien sûr-. Souvent, ils ne possèdent même pas la plaque d'immatriculation rouge, synonyme de transporteur "professionnel".

Les motos sont généralement des TVS 125, dérivées de Suzuki 125. Souvent, elles ne possèdent aucun éclairage.

Les plus miséreux se rendent à la ville à vélo, achètent des denrées sur les marchés et les revendent au village, vivant du bénéfice. Sachant que le terrain est vallonné et que les distances se comptent en dizaines de kilomètres.

A Zanzibar, on remarque également de très nombreuses (euphémisme) Vespa. Il s'agit en fait de productions LML. Comme TVS avec Suzuki, Lohia Machinery Limited était un industriel Indien, venu aux deux-roues via une licence.
Jusqu'ici, Bajaj possédait une licence de fabrication des Vespa pour l'Inde. L'accord s'arrêta dans les années 80 et LML sauta sur l'occasion. De 1990 à 1999, LML construisit officiellement des Vespa. En 1999, l'accord prit fin et comme Bajaj avant lui, il continua, comme si de rien n'était. Sa LML Star fut même vendue en France ! En parallèle, LML s'associa à Benelli. Puis il tenta de concevoir ses propres scooters et deux-roues. Après des années de flops et de tentatives de relances, LML baissa le rideau, en 2017.

Mais tout ceci n'explique pas pourquoi on trouve autant de Vespa à Zanzibar et uniquement à Zanzibar...

Notez enfin qu'en Tanzanie, il n'y a pas de réseau national de stations-services, comme Esso ou Total Energie. Chaque station-service est indépendante.

Ce Gapco vend du sans-plomb, du diesel et du kérosène, à 3 000 shillings (1,03€) le litre. Ce dernier étant un carburant rependu. Les Tanzaniens seraient-ils amateurs d'aviation légère ? L'utilisent-ils dans le Chang'aa, comme les Kenyans ? En fait, le "kérosène" désigne ici le pétrole destiné aux réchauds et autres lampes.

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