Pour Mauvaise Conduite
Encore un roman sur ce blog. Cette fois-ci, on ne va pas parler de hot-rods, mais de l'autofiction de Jean-Claude Morellet, alias Fenouil. Pour Mauvaise Conduite n'a pas été réédité depuis sa parution en 1972 et on comprend pourquoi...
Je vais faire une pause dans ces critiques de livre. Lire des livres très moyens, c'est rigolo. Mais au-delà d'un certain point, vous ne prenez plus de plaisir à lire.
Ici, on est face à un premier roman.
Un roman, c'est comme une course de demi-fond. Il faut tenir la distance en gérant son rythme, son énergie, la respiration de la course, etc. Si demain, vous voulez courir un 10km, voire un 20km, vous allez devoir courir d'abord 3km, puis 5km, avant d'approcher les 10km. Sinon, vous allez partir trop vite, vous arrêter, repartir après avoir repris votre souffle, vous arrêter de nouveau, etc.
L'écriture, c'est exactement pareil. Personnellement, j'ai commencé par écrire des nouvelles de 5 pages, puis de 10, avant d'écrire mon premier roman, qui faisait 50 pages. Puis je me suis enhardi. Ecrire un roman de 200 pages ne me fait plus peur.
L'erreur de nombreux aspirants-écrivains, c'est de vouloir écrire d'emblée un roman de 150, voire 200 pages. Donc, ils en écrivent 10, 20 pages. S'arrêtent un mois, parfois un an et ils reprennent. Puis ils s'arrêtent. Jusqu'à ce qu'enfin, ils considèrent qu'ils ont fini.
Ecrire de manière saccadé, c'est normal. Personnellement, il me faut au moins 3 ans pour achever un roman. En général, c'est impossible de savoir ce que vous allez écrire de la première à la dernière page. Vous "tenez" certains passages, puis vous allez petit à petit construire des ponts entre ces passages. Au gré de votre inspiration...
Sauf qu'un auteur novice cherche son style. Donc il va écrire certains passages dans un style très nerveux. Mais lorsqu'il reprendra son manuscrit, il aura adopté un style plus lent. Surtout, après avoir lu tel ouvrage, il aura envie d'utiliser un vocabulaire du même style. A l'arrivée, on aura donc un patchwork de style, de vocabulaire... Et Fenouil n'a pas évité ce piège, bien au contraire.
Avec les décès consécutifs d'Hubert Auriol et de René Metge, Fenouil est l'un des derniers pionniers du Paris-Dakar. De ceux qui avaient non seulement participé, aux premières éditions, mais qui ont ensuite voulu reprendre le flambeau. Créateur du Rallye des Pharaons, Fenouil fut brièvement responsable du Paris-Dakar pour ASO.
Je l'avais découvert dans un article de Rétroviseur. Nous étions à la fin des années 90. Le Paris-Dakar était trop récent pour être un sujet. Aussi, le magazine l'interviewait en tant que collectionneur de voitures.
Je l'ai évoqué lors d'une vente Aguttes, où l'on trouvait sa Cadillac.
La particularité de ces premiers Paris-Dakar, c'est que beaucoup de concurrents s'étaient lancé sur le tard. Fenouil, alias Jean-Claude Morellet, fut ainsi journaliste. Bien loin de l'univers des sports mécaniques. Il a également obtenu une licence de philosophie, à La Sorbonne.
En 1972, il publia ce Pour Mauvaise Conduite. Un premier roman, c'est toujours autobiographique (consciemment ou pas.) Fenouil se cache très mal derrière le personnage de Ferdinand (hommage à Céline ou au héros d'A bout de souffle ?) On sent qu'il avait des comptes à régler avec la rédaction de Jeune Afrique et du Racing Club de France...
Le livre commence sur un ton très humoristique. Ferdinand met la pagaille dans la rédaction d'un magazine. C'est l'archétype du jeune post-68. Un peu intello, un peu gaffeur, un peu provocateur et très jmenfoutiste. Il arrive quand il veut - et s'il le veut -, vit la nuit et dort le jour. Puis il s'offre des virés avec sa 203 cabriolet (l'occasion d'une glorification du plaisir de conduite et de la route.)
On pense bien sûr au Gaston Lagaffe des années 70 (avec la Peugeot dans le rôle de la Fiat 509) ou au Grand Duduche. Fenouil s'essaya d'ailleurs plus tard à la BD, comme scénariste.
Puis il croise Virginie. Cette collégienne est livrée à elle-même par des parents toxiques. Ferdinand profite de sa détresse pour se la taper. Une fois arrivé à ses fins, il s'en désintéresse complètement. Et il trouve que son attitude est complètement normale. Visiblement, il a l'habitude de croquer des fruits très verts...
Là, forcément, on arrête de rire. Cette séquence est assez révoltante et j'ai eu du mal à reprendre la lecture.
Ferdinand s'envole ensuite pour Bokolo, pays imaginaire dont il doit interviewer le dictateur. Dans le premier chapitre, le héros semblait être le seul à se soucier des Africains... Cinquante pages plus loin, tout à changé. La description de l'Afrique de l'ouest et des Africains est franchement raciste.
Sursitaire du service national, il se fait rappeler par la patrouille. Là, Fenouil nous fait du Mary Sue ! Ou plutôt, il transcende le concept de Mary Sue ! Ainsi, Ferdinand réussit à casser la figure à plusieurs militaires aguerris. Puis il s'offre un remake de La Grande Evasion (nous offrant trois pages sur la conduite poignée dans le coin.) Il faut deux camions de piou-piou pour le maîtriser !
Je mettrais mon billet que Fenouil a dégusté durant son service militaire et qu'il a voulu se venger. Mais là, la forme est juste ridicule. Je vous épargne le dénouement, complètement lénifiant.















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