jeudi 28 juillet 2016

La nuit à la belle étoile


Deux jours après, le Grand Palais est métamorphosé. Les chariots-élévateurs ont laissé place aux Mercedes et les monteurs, aux visiteurs. Et la journée se termine par la Nuit à la belle étoile.


Le bac philo, c'était il y a deux mois. C'est dommage car j'ai un sujet : "Comment être un constructeur premium et parler d'exclusivité, lorsque vous avez vendu 1 871 511 véhicules en 2015 ? Comment définir son univers et son cœur de métier avec une gamme qui compte trente modèles ? Comment être crédible à la fois dans l'access premium (avec la Classe A), dans le sport (avec AMG) et le luxe (avec Maybach) ? Comment conserver une image allemande, alors que vos centres de R&D et vos usines sont largement décentralisées ?" Ce ne sont pas des questions rhétoriques. Je me demande réellement c'est qu'est Mercedes en 2016 et vers quoi il tend.


En attendant, je me promène parmi les véhicules. Ma petite fierté, c'est de voir les gens baver devant l'AMG GT et de penser : "Vous osez à peine la toucher. Alors que moi, je l'ai conduite il y a deux semaines ! Sur le circuit Bugatti, qui plus est ! Nananère !"


Et puis, il y a les anciennes... La C111 et la 300SL sont des voitures qui me donnent toujours des frissons. Ca manque quand même de berlines. Que serait Mercedes sans la W114, la W123, la 200/300 (W124) ou la 190 ? C'est vrai que pour les Français, c'était surtout des voitures de taxi ou d'Allemands en short en goguette... Les Américains rêvaient de produire des berlines premium en quantité industrielles. Mais ils ont négligé l'export. Les Cadillac et Lincoln étaient pensées par et pour la clientèle américaine. Pour l'Europe, ils misaient tout sur les généralistes. Avec la W114, puis la W123, Mercedes a envahi le marché de l'access premium. Des voitures statutaires, luxueuses et increvables. Aujourd'hui, dans 90% du globe, ce qui vous pose un "gars qui a réussit", c'est d'arriver en Mercedes devant la maison de ses parents. Alors que même aux Etats-Unis, rouler en Cadillac, ça fait péquenot !


Le seul point noir de la soirée, ce sont les VIP. Ils ont fait un coup de "red carpet", un tour avant l'ouverture au public, puis ils se sont enfermés dans le carré VIP. Ils ont peur de quoi ? Ils ne veulent pas croiser les gens qui achètent leur musique, vont voir leurs films  ou remplissent les tribunes des stades où ils jouent ? Malheureusement, c'est un phénomène de plus en plus répandu. Beaucoup négocient leur temps de présence à la minute près... Je me souviens d'un musicien, à une autre soirée, qui a bien du regarder 20 fois sa montre durant le dernier morceau ! Et à l'heure H, beam me up, Scottie ! Une autre fois, c'était un basketteur qui participait à une animation. Il a répondu à l'animateur par monosyllabes, puis il a fait trois lancer-francs (en loupant deux) et ciao ! Et un jeune pilote... Je tombe sur lui dans le paddock, alors qu'il vient de gagner sa première course en automobile, je pense tenir l'interview du siècle ! Et lui, casquette vissée sur le crâne, qui ne me regarde même pas : "Aïe yam verie appie, ze compétichion waz pouching ard, butte ze car waz verie goude and I ouinne." (Je précise que c'était un francophone.) L'année suivante, dans une discipline supérieur, il s'impose. J'arrive avec deux minutes de retard en salle de conf' (j'avais une excuse : j'ai regardé la course depuis l'allée des stands) et il avait déjà disparu ! Son patron avait l'air limite agacé : "Oui, il est rentré à l'hôtel. Là, nous, on range ses affaires." Et deux ans plus tard, je reçois un communiqué : "[pilote] vous invite à [endroit] afin de parler de Zboobie, son nouveau sponsor." Ah oui, quand il a un truc à vendre, il est plus bavard... Mais c'est ballot, je n'ai pas trop envie de lui faire de la pub.
Les personnes publiques (artistes, sportifs, mais aussi politiques) sont cons d'agir comme ça. Le public n'est pas dupe. Seuls les fans hardcore sont content d'entrapercevoir une star pendant 0,1 seconde. Les autres, ils tutoient certaines stars sur Twitter ou Facebook ; ils n'hésiteront pas à descendre en flèche les célébrités atteintes de melonite ! Vous voulez du bad buzz ? Vous voulez que les gens n'achètent plus vos chansons, ne viennent plus voir vos films ou ne vous applaudissent plus au stade, continuez ! A l'autre bout de l'échelle, il y a Jean Ragnotti. Lui, après son tour de chant, il descend dans la foule, il blague, prend la pose, signe des autographes, etc. A Rétromobile 2013, il a fait 30 minutes de rab' ! Et pour rejoindre sa loge, il prend le chemin des écoliers... Ah, si seulement il y avait plus de Jean Ragnotti...

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