Mondial 2026 : 15. Geely, les marques Chinoises

Pour son premier Mondial de Paris, Geely est venu en force : le groupe est quasiment présent dans chacun des halls ! Cela mérite bien deux posts... Commençons par les marques Chinoises de Geely. Et ne buvez pas le "champagne", il n'est pas comestible !

Geely arrive en ordre dispersé au Mondial. Il faut dire que le groupe possède plusieurs étages, avec des filiales et des joint-ventures...

Li Shu Fu a longtemps été un OVNI, dans le paysage Chinois. Dans un pays marqué par les clans, les réseaux d'influence et chapeauté par le Parti, Li était un self-made-man. Fils de riziculteurs, n'ayant jamais mis les pieds au collège et ne parlant qu'un dialecte du Zhejiang, Li mit sur pied le premier constructeur privé, Geely.
En 1998, Geely produisit sa première voiture, la maladroite Haoqing. L'industrie automobile chinoise avait de nombreux manques, alors Geely prit tout en main lui-même, par croissance interne ou externe. La Geely University fut l'une des premières écoles de commerce chinoise. Le constructeur dut racheter le fabricant australien de boites de vitesse DSI. Lorsque le constructeur voulu faire du sport auto, il dut établir sa propre boite de promotion sportive, construire des circuits et même former des race queens ! Plus récemment, face à la pénurie de semi-conducteurs, il créa son propre fondeur, SiEngine.
Le rachat de Volvo à Ford fut un gros coup de poker. Le groupe frôla l'indigestion, mais ce fut finalement un succès. Au point où Xi Jinping s'intéressa à cet entrepreneur iconoclaste.  
Geely Group, c'est l'archétype de l'entreprise avec un patron omniscient. Wang Chuan Fu (Byd) a fini par trouver Stella Li. Wang Fengying canalise He Xiaopeng (XPeng.) A contrario, Li Shu Fu n'est quasiment cerné que de yesmen. Certaines de ses idées sont parfois déroutantes. Et comme il a (avait ?) ses entrés à Pékin, les banques Chinoises financent...

Inconsciemment, Yin Tongyue (Chery) et Li Shu Fu sont les descendants de William Crapo Durant ou d'Adolphe Clément-Bayard. Dans le sens où ils créent des marques tous les quatre matins, par opportunité.

En occident, on pense univers des marques, valeur, développement... Nos deux compères, eux, ils pensent juste à coller à l'instant. Si ça ne marche pas, tant pis, ils lanceront d'autres marques au prochain salon... Il n'y a aucune vision à long terme. Et surtout, aucun scrupule à arrêter une marque (alors que chez nous, on n'ose pas euthanasier DS.) J'entendais le représentant français de Polestar parler d'univers de la marque. Quelle blague ! Si ça se trouve, au prochain conseil d'administration, Li Shu Fu décidera l'arrêt de Polestar d'un trait de plume !

Lynk & Co, c'est le cas d'une "marque d'hier". Au milieu des années 2010, Geely comptait débarquer en Europe avec sa grande berline Emgrand EC7. Un réseau de concessionnaires avait été bâti. Hélas, l'EC7 ne passa pas les tests anti-pollution. A la même époque, Qoros était officieusement en train de couler. Nombre de cadres cherchaient activement du travail.

D'où l'idée de s'appuyer sur les hommes de Qoros et les infrastructures de Geely Europe. Volvo fut charger des créer une marque d'access premium. Ainsi naquit Lynk & Co. La rumeur disait que c'était les deux marques dont s'inspirait Geely : Linc[oln] & Ca[dillac]. GM et Ford froncèrent les sourcils et Geely opta pour l'homonymie. Son nom chinois est 领克. Alors que les premiers caractère chinois de Lincoln et Cadillac sont respectivement 林 et 凯.

Li Shu Fu était obsédé par l'idée de "vendre autrement". Il y eu des tentatives de ventes par internet, une voiture vendue sans moteur... Lynk & Co, elle était censément proposée dans une espèce de location. Les débuts, en 2020, furent tonitruants. Il y eu même une équipe Lynk & Co en WTCR.

Depuis Lynk & Co est rentré dans le rang. Curieusement, en Chine, les ventes progressent d'année en année. En 2025, il s'en est vendu 350 495 unités. En Europe, par contre, la marque est devenue confidentielle. D'ailleurs, les cadres ont profité de l'arrivé d'autres constructeurs Chinois pour changer de crèmerie.
Alors, ce Mondial 2026 ? Renaissance de la marque ? Ou bien s'agit-il de s'appuyer sur Lynk&Co pour développer Zeekr et Geely ?

Notez que oui, l'échafaudage fait parti du décor du stand ! 

La Porsche Panamera Sport Turismo semble inspirer les Chinois. Après la Denza D9 GT, voici la Lynk & Co 07 GT. C'est une évolution de la 07 trois volumes, dévoilée en 2022, mais qui boudait le vieux continent.

Elle est équipée d'un 1,5l turbo 160ch accouplé à un moteur électrique 160kW. Tous les deux sont situés sur les roues avant.

Commercialisée depuis l'été, en Chine, ce break devrait débarquer chez nous en 2027.

Un étage plus haut, il y a Zeekr. "Ze" comme zéro, car les possibilités sont infinies. "E" comme une évolution parmi les VE. Et "Kr" comme le symbole du krypton, un gaz rare qui éclaire, lorsqu'il reçoit un courant électrique.
Zeekr se définie comme "[une] marque de mobilité haut de gamme privilégiant l'électrique". L'objectif de Geely était de créer une marque de VE pour technophiles, pour lutter face à Nio, XPeng et cie. Sauf que deux ans plus tôt, en 2019, Geely avait déjà créer une marque avec plus ou moins le même objectif : Geometry. Depuis, Geometry a été intégré à Geely Galaxy, une marque de VE. Tandis que de son côté, Zeekr a pris Lynk & Co sous son aile.

C'est difficile de s'y retrouver dans la jungle des marques créées par Li Shu Fu. Et c'est encore plus difficile d'y trouver un positionnement objectivement différent... Et en prime, elles s'appellent toutes pareil !
Le pendant de la 07GT de Lynk & Co s'appelle... 7GT chez Zeekr !

La principale différence, c'est que c'est une électrique pure. Elle propose un moteur 310kW sur l'essieu arrière ou bien elle y ajoute un moteur 165kW sur l'essieu avant. Pour la batterie, c'est 75kWh ou 100kWh (la version 4RM était uniquement proposée avec cette dernière.)
Prix : de 45 590€ à 58 790€.

Produit à Ningbo depuis l'an dernier, le 9X effectue ses débuts Européens. Ce SUV de 5,23m est plutôt coquet.

Bien qu'à l'origine, Zeekr devait uniquement commercialiser des VE, le 9X est un hybride. Il possède un moteur 2l turbo 270ch associé à un moteur 290kW à l'avant et un moteur 185kW à l'arrière, soit un total de 660kW ! En Chine, il est disponible avec un second moteur 185kW à l'arrière, poussant la puissance totale à 1 030kW ! A priori, il disposera uniquement d'une batterie 70kWh (la petite batterie 55kWh étant un peu juste pour ce bestiau...)

Dans le hall 7, Geely fait le show ! L'EX2 (alias E2 pour le vieux continent) vient de dépasser le million d'unités. Elle revendique le titre de citadine électrique la plus vendue au monde (la Renault 5 approchant seulement les 200 000 exemplaires.)
En Grande-Bretagne, elle est proposée avec un moteur 60kW ou 85kW. Ils sont respectivement fournis avec des batteries 35kWh ou 47kWh. La combinaison moteur 85kW/batterie 47kWh offrant 345km WLTP. A priori, la configuration pour la France devrait être assez proche.
Geely a prévu de commercialiser l'E2 en France, en 2028. La voiture sera alors produite chez Ford, à Almussafes.

Sur le stand Geely, près de l'E2, NRJ a monté un mini-studio. En effet, Geely sponsorise les NRJ Music Awards.
Les constructeurs Chinois mettent le paquet sur le sponsoring, afin de gagner en notoriété. Après, tout est une question de perspective. C'est surtout les constructeurs en place qui sont devenus très radins. Par exemple, autrefois, il y avait une Supercinq NRJ...

La nouveauté du stand, c'est le Monjaro EM-i (Kilimandjaro ?) Il s'agit du tout dernier avatar d'un SUV lancé en 2021. Notez qu'il est produit en Corée, chez Renault et badgé Grand Koleos. Il en existe même une version Esprit Alpine.

La version vendue en Europe sera équipée d'un moteur 1,5l turbo associé à un moteur électrique, pour une puissance totale de 150kW. Une version quatre roues motrices reçoit un moteur 17kW sur le train arrière. Commercialisation en 2027 ; prix inconnu.

Yann Ehrlacher, pilote Geely en TCR World, devait symboliquement prendre possession du premier exemplaire. L'Alsacien était absent. Du coup, un employé s'est éclipsé pas très discrètement avec une clef géante.

La dernière tendance, en Chine, ce sont les tout-terrains qui jouent les baroudeurs - avec plus ou moins de conviction -. Geely a profité du Mondial de Paris pour lever le voile sur le Project K 0 11. Ce concept-car préfigure un tout-terrain de série. Le constructeur est muet sur ses caractéristiques techniques.

La mise en scène de la conférence de presse, très chinoise, était très kitsch. Mais Geely n'est pas un rigolo !
L'an dernier, Geely Auto a vendu 3,02 millions de voitures, ce qui le place au 11e rang. Mais à moins de 300 000 unités du 8e, Suzuki. En comptant ses joint-ventures et ses participations (Smart, Lotus, Renault Korea...), on atteint 4,11 millions de voitures. Ce qui le placerait 7e, juste devant Hyundai.
Surtout, il faut se rappeler ce qu'était Geely, il y a 20 ans. Faute de stand à Detroit, Geely avait loué le hall d'un hôtel. Li Shu Fu fit un discours, qu'une traductrice convertissait dans un anglais très approximatif. Puis le fondateur prit la pose devant la CK, qui singeait - très mal - la Classe C contemporaine. Une TV Américaine visita l'usine de Geely, dans le Zhejiang. Une usine digne des années 60 : aucun robot et des ouvriers sans EPI, qui travaillaient dans un capharnaüm. Et avec une centaine de milliers de voitures par an, Geely était microscopique, y compris en Chine.
Regardez ce qu'à fait Geely en vingt ans et imaginez ce qu'il peut faire, durant les vingt prochaines années...

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