Pegasus

Après les films japonais de voitures, voici un film Chinois ! Pegasus est une comédie de 2019, sur le thème du rallye. Elle a été réalisée par Han Han.

Il est disponible sur YouTube, en VO sous-titrée anglais et mandarin !

Han Han (ici à droite) est un personnage incroyable.

Lycéen, il raconta son mal-être d'adolescent (notamment la pression des résultats) dans des livres. En 2003, il utilisa ses droits-d'auteur pour louer une Mitsubishi Evo Groupe N et courir en rallye. Il disputa deux épreuves nationales, puis il se retrouva à court de budget. BMW, en quête d'un pilote Chinois, lui finança une saison partiel en Formula BMW Asia. En 2005, SAIC-VW lui proposa de courir en tourisme, avec une Polo quasiment d'origine. Il est champion 2007.
En parallèle, Han Han ouvrit un blog, qui parlait d'un peu tout et n'importe quoi. Il devint malgré lui le porte-parole de ces Chinois qui eurent 20 ans en l'an 2000. Ca lui apporta des contrats publicitaires et surtout, de l'exposition médiatique.
En 2009, en plus du tourisme, il disputa le championnat de Chine de rallye. D'abord sur une Impreza Groupe N privée, puis sur une voiture officielle.
Chen Xuezian avait l'ambition de restructurer le sport auto chinois. Vers 2010, c'était un marigot de coupes monotypes faisant long feu et de gentlemen-drivers grisonnants courant au coup par coup (y compris en monoplace.) Il confia à Han Han deux sujets : le karting et le tourisme. Du coup, mi-2010, il annonça sa retraite sportive. L'écrivain-blogueur créa un championnat chinois de karting (CRC) et une nouvelle catégorie de tourisme, les 1600 turbo.
Le démon du sport auto est trop fort et Han Han replonge. Il remporte le titre 2012, en tourisme (avec une Polo Turbo) et devient champion de rallye 2013. Sur les circuits, c'était la cohue. Le public (en particulier les jeunes filles) venaient voir Han Han, point ! Malgré sa popularité, Han Han connu des soucis avec le régime : son nouveau magazine fut censuré et les rumeurs s'enchainèrent (enfants illégitimes, romans écrit par d'autres...) A l'automne 2012, alors que Xi Jinping fut désigné président dans la douleur, Han Han fut prié de courir loin de Chine, jusqu'à ce que la situation se calme ; on le vit notamment en R8 LMS Cup.
10 ans après ses débuts en sport mécanique, Han Han reconnu que le tourisme avait changé de visage. De jeunes pilotes débarquaient après une ou deux saisons de monoplace en Europe. Il ne pouvait plus lutter. Le temps des blogs était fini ; l'heure était à TikTok. Il s'inventa une nouvelle vie de réalisateur de films. 

Pegasus est son troisième film. Il en est à la fois réalisateur, scénariste et co-auteur de la BO !

Le film s'ouvre sur un monologue du personnage principal, qui raconte sa passion pour le rallye Chinois. L'occasion d'un discret hommage de Han Han.

Le rallye Hong Kong-Pékin et le rallye de Chine furent organisés par Chen Xuezian. Ancien de la place Tienanmen, il avait échappé aux purges parce qu'il était l'un des très rares Chinois à parler un anglais correcte !

Plus loin, on voit Xu Lang. Né bien trop tôt pour le championnat de Chine de Rallye, il fit surtout carrière en rallye-raid. Premier Chinois au Dakar, il devint un pilier du Team Zhengzhou-Nissan. En 2008, Xu Lang fut le premier Chinois à remporter une spéciale de W2RC. Malheureusement, alors qu'il aidait un concurrent à sortir d'une ornière, le filin se tendit et il fut décapité.

Xu Lang fut le coach de Han Han pour ses débuts en rallye.

Liu Caodong fut champion de Chine de rallye 2004 et 2006. Il aimait faire danser son Evo jaune de l'équipe Guizhou Railroad. Ford lui proposa un baquet. Premier Chinois en WRC, il envoya rapidement sa Focus dans un fossé. Entre deux rallyes, il buvait beaucoup. Un soir de 2011, il ramena une bouteille de Mescal à une soirée étudiante. Effrayé, les étudiants s'enfuirent. Liu Caodong la bu tout seul et il sombra dans un coma éthylique dont il ne se réveilla pas.

Et le troisième rallyman qui apparait à l'écran, c'est Han Han !

Justement, si vous suivez la carrière d'Han Han, vous voyez qu'il a longtemps été proche de SAIC-VW. Il a conservé des contacts au sein de la joint-venture. Son premier film était un road-trip en Polo. Dans Pegasus, le soutien de SAIC-VW est particulièrement visible durant les cinq premières minutes du film.

Et ça, c'est juste les cinq premières minutes du film...

Plus subtil : ses anciens coéquipiers font des caméo. On retrouve les pilotes SAIC-VW Gao Huayeng, Wang Rui et Fan Gaoxiang. Tandis que Li Wei et surtout, Yi Xiaoxing l'ont côtoyé en rallye. Ce dernier est d'autant plus reconnaissable qu'il joue un pilote de rallye...

Zhang Chi, le personnage principal, est un champion de rallye déchu. Ruiné et déshonoré, il veut retrouver sa gloire en revenant derrière un volant. Son objectif : gagner une nouvelle fois le rallye - imaginaire - de Bayanbulak.

L'histoire est très, très vaguement inspirée du retour de Han Han, en 2012.

L'acteur qui le joue, Shen Teng, voulait faire un peu de muscu. Han Han lui a dit de conserver ses kilos en trop, afin de renforcer l'aspect minable du pilote.

Li Qinyu est Zhang Fei, le fils adoptif de Zhang Chi. Son couffin a été déposé dans son garage. Un test ADN révéla que non, ce n'est pas son fils biologique. Une allusion subtile aux nombreuses paternités attribué à Han Han ?

A 6 ans, Zhang Fei n'a jamais vu son père courir en rallye. D'ailleurs, il a du mal à y croire. Par contre, il est toujours volontaire pour embarquer dans les coups foireux de Zhang Chi...

L'enfant sert aussi à contourner la censure. Le fantastique est censuré, car assimilé à de la superstition. Donc, lorsque Zhang Chi part dans des délires, c'est en fait l'imagination de Zhang Fei !

Yin Zheng, alias Sun Yuqiang, est l'ex-coéquipier de Zhang Chi. C'est aussi son premier supporter. Parmi tous ses anciens proches, c'est le seul qui soit toujours là. Il tente de l'aider... Mais une partie des mésaventures sont de sa faute.

C'est le sidekick comique. Aussi neuneu que l'acteur principal. Et comme Zhang Chi, Yin Zheng le voit telle qu'il était, autrefois, au somment de sa gloire. Et non tel qu'il est, aujourd'hui.

Huang Jinyu, alias Lin Zhendong, campe le jeune premier qui domine le rallye depuis la retraite de Zhang Chi. C'est son antithèse : il est richissime, jeune, fringuant, raffiné et intelligent.

Multiple champion chinois de rallye, Lin Zhendong s'apprête à monter en WRC. Pour prouver qu'il n'est pas champion par défaut, il veut battre Zhang Chi au chronomètre... Quitte à l'aider pour être au départ du Bayanbulak. Pourtant, à chaque occasion, Zhang Chi tente - lamentablement - de le toiser. En tout cas, Lin Zhendong n'est pas le "méchant" habituel.

Lin Zhendong pilote une GAC-Toyota Levin. Il s'offre une séance d'essai au Toyota Technical Center de Shimoyama, alias le "Nürburgring Japonais". On sent que Han Han a voulu faire plaisir aux fans de voitures...

Le film s'ouvre sur une espèce de parodie de la scène de drift dans un parking de Fast & Furious : Tokyo Drift.

Signalons que Pegasus a la main légère sur les trucages numériques. De même, seules quelques rares scènes sont tournées en studio.

Une fois les personnages introduits, Zhang Chi débute sa longue quête d'une voiture et d'un budget pour courir. C'est la partie "comédie". L'humour chinois fonctionne sur un burlesque digne de Philippe Clair. Autrement dit :

1) Zhang Chi a un plan a priori simple et il se vante en long, en large et en travers, qu'il va réussir
2) Il y a un détail qui pourrait tout faire foirer
3) La caméra s'attarde sur le détail qui pourrait foirer.
4) Comme par hasard, ça foire
5) Zhang Chi ne réalise pas que son plan est tombé à l'eau et il continue de frimer, histoire de bien s'enfoncer
6) Lorsqu'il comprend enfin qu'il a foiré, il passe pour un abruti pour la galerie

La demi-douzaine de sociétés de production ont visiblement insisté pour que l'on ait un tel humour.

Pegasus tombe dans les travers de la comédie : les deux tiers du film sont davantage un enchainement de sketch, qu'une véritable progression dans la narration.
Subtilement, Han Han nous montre un Shanghai où les quartiers chics sont voisins des quartiers pauvres. Où l'on peut devenir riche et célèbre du jour au lendemain... Puis ruiné et oublié, le jour d'après.

Bien sûr, le héros passe au siège de 333, l'écurie officielle de SAIC-VW et bien sûr, il s'y fait virer comme un malpropre.

C'est l'occasion de voir la "décharge" de 333, où l'écurie empile ses anciennes voitures de circuits et de rallye. Sans aucun égard pour leur palmarès !

Alors que l'action tourne en rond, on nous sort un deus ex machina : Yin Zheng connaît un millionnaire et il est prêt à sponsoriser Zhang Chi. Du coup, il peut disputer le rallye.

La scène de camion qui a un accident, avec une voiture dedans, peut sembler exagérée. Pourtant, c'est inspiré d'un fait réel. En 2012, l'un des camions de 555 a eu un accident, sur le chemin du circuit d'Ordos. Deux des quatre Polo 1600 Turbo ont été détruites (dont la voiture de Han Han.) 

Bayanbulak, c'est un parc naturel du Xingjiang. Han Han a tenu à tourner sur place. Mais la censure chinoise veille : les spectateurs et officiels du rallye sont exclusivement des Han (l'ethnie majoritaire en Chine.) L'unique Ouïgour est cette hôtesse, qui apparait deux secondes.

Nouveau deus ex machina : Zhang Chi obtient une nouvelle voiture !

Là, on passe à l'affrontement attendu entre Zhang Chi et Lin Zhendong. Le championnat de Chine de rallye est avant tout un championnat asphalte. Cette épreuve, façon Pike Peak, est complètement imaginaire. Qui plus est, il n'y a qu'une unique spéciale de 160km... Que les concurrents disputent en une heure !
A titre de comparaison, cette année, aux Canaries, Sébastien Ogier a parcouru les 320km de spéciales asphalte en 2h43, soit une moyenne de 104km/h ! Qui plus est, dans le rallye moderne, les secteurs chronométrés dépassent rarement les 30km.

Han Han veut présenter la discipline et il fait preuve de beaucoup de pédagogie. Une voix off (NDLA : celle du commentateur de la F1 en Chine) explique l'organisation, les enjeux, etc.

Pour faire le nombre, Han Han a ressorti quelques voitures de rallye des années 2010... Dont son ancienne Impreza !

Cette DS3 est-elle un hommage à l'idole du réalisateur, Sébastien Loeb ?

La fin ne surprendra pas les connaisseurs de la morale Chinoise.

Au final, on a un film très inégal. La passion de Han Han pour le sport auto est palpable. J'ai à peine évoqué la moitié des hommages qu'il glisse ici et là... Hélas, son scénario a été édulcoré par la production, avant de passer par le tamis de la censure.

Les photos du dossier de presse insistent clairement sur le côté "comédie familiale". Tant pis pour les caisseux.

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