mardi 5 février 2013

Le cinquième de la bande des quatre

Un camion vu au pied d'une cité. Visiblement, il rend encore des services. Un "club of four"? Oui, mais regardez sa calandre... Point de losange, mais une locomotive! Ce Berliet est donc l'une des ultimes production de la marque; un Saviem rebadgé.

La revente de Renault Trucks m'a au moins autant affecté que la mort de Paul Berliet.
Dans les années 70-80, Renault s'est battu. Il rachète Berliet, Dodge UK, puis Mack. Il lance le Turboliner, puis le Magnum... Grâce à cela, il a pu émerger du maelström des années 80 et devenir un leader européen. Et aujourd'hui, on solde ça à Volvo, comme si c'était juste un boulet.

La tendance occidentale est aux petits groupes. Des firmes comme ITT, Phillips ou Siemens ont considérablement maigri. D'autres, comme IBM, Matra ou Thomson, ont carrément implosé.
Il est vrai que ces groupes étaient issus d'une double-tradition dix-neuvièmiste. D'un côté le "capitaine d'industrie" qui se diversifie au gré des opportunités ou de choix personnels, sans vision globale. De l'autre, l'idée d'être son propre fournisseur pour sécuriser ses approvisionnements.
L'inconvénient de ces stratégies, c'est que vous avez un groupe très diversifié et sans cohérence globale. Pour rester compétitif, vous êtes forcé d'investir lourdement dans vos filiales, avec une certaine inértie et le risque d'être doublé par les spécialistes.
Les Asiatiques s'en sortent car ils ont des marchés intérieurs cadenassés. De plus, il y a des ententes entre grands groupes; ils se partagent le gâteau.
Aujourd'hui, les gens en ont que faire des lubies de Louis Renault ou de la famille Von Siemens. Ce que les investisseurs voient, c'est que telles et telles filiales ne sont pas rentable. Donc, on s'en sépare et on se concentre sur le cœur de métier.

Voilà pourquoi Renault a vendu ses autocars à Iveco et ses camions à Volvo. L'état français n'a pas haussé les sourcils.
Et à mon avis, c'est pour ça qu'il n'haussera pas plus les sourcils si demain, Nissan s'invite dans les usines françaises. Ca a un double-risque, cette politique du "petit Renault". Si après-demain, Renault disparait, mais que cela n'entrainera la fermeture que d'un unique site "100% Renault", les hommes politiques diront: "A quoi bon s'embêter pour 1000 ouvriers?" Comme Tony Blair l'a fait avec MG-Rover, pour le site de Longbridge. Ou si Nissan a pris le contrôle d'un site et qu'il le ferme, les hommes politiques diront: "C'est les Japonais, on peut pas discuter avec eux, vous comprenez..."

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