Camel Trophy

Il faut croire qu'ils se sont donné le mot ! On a le Defender de Mini GT (et son clone Chinois), puis le Defender Schuco, tous au 1/64e. Et voici cette fois-ci un livre consacré au Gamelle Trophy !
Le "definitive history" peut sembler présomptueux. Mais Nick Dimbleby place effectivement la barre très haut...

Des livres de voitures, il m'arrive d'en recevoir régulièrement. Trop souvent, ils sont consternants. Des ouvrages complètement bâclés. Des objets déjà traité mille fois, des photos exclusivement issues des sites médias des constructeurs, une prose faite de lieux communs, avec un vocabulaire de collégien, le tout enrobé dans une maquette sans aucun relief. Avec le bonus-ajouté, de traductions usant Google, pour les livres étrangers.
En général, après deux pages, ils me tombent des mains et je veux plutôt regarder si je n'ai pas eu des notifications Facebook...

Vous n'osez pas les saquer complètement. Vous vous retrouvez alors un peu comme ces profs chargés de corriger les copies du bac philosophie. Vous rajoutez des points, pour le papier et l'encre. Des points parce que tel paragraphe ressemble à quelque chose. Ou parce qu'en filigrane, vous avez cru détecter une réflexion intéressante...
Le pire, c'est que vous finissez par revoir sans cesse votre niveau d'exigence à la baisse. Vous vous habituez à la médiocrité...

Heureusement, parfois (beaucoup plus rarement), dans le carton, il y a un ouvrage vraiment intéressant. Impossible de le poser : vous le dévorez d'un trait, à force de vouloir voir ce qu'il se passe sur la page suivante... Souvent, ce sont des auteurs qui ont une vraie passion pour leur sujet et ils ont le souci de vouloir transmettre leur passion.

Et ce n'est pas une question de thématique. La preuve : Brian Laban réussit à vous barber en vous parlant de Ferrari et de Porsche !

Camel Trophy appartient donc à la seconde catégorie. Le communiqué de presse était alléchant. Porter Press expédia ensuite des "bonnes feuilles". Là, il y avait de quoi être accro ! La suite, la suite ! Par la faute de DHL, l'exemplaire tarda à traverser la Manche. Puis ce fut la délivrance... 

La première lecture fut une belle claque. Et depuis, à chaque ouvertures, de nouveaux détails surgissent. C'est ça, un "beau livre" !

Nick Dimbleby est un pilier du service presse de Land Rover UK. En tant que photographe, il a couvert quatre Gamelle Trophy. Tous les quinze ans, il signe un ouvrage sur sa marque préféré : Range Rover Conversions, Land Rover : 60 years of adventure et donc, Camel Trophy. L'éditeur précise qu'à la ville, il roule en Defender, ce qui ne surprendra personne.

A un moment du livre, il montre la collection complète ds VHS et des DVD du trophée. Il semble dire : "Si vous voulez l'histoire complète, cela existe. Moi, je vais partir sur une narration non-linéaire."

L'introduction s'étend sur "l'esprit Gamelle Trophy" et pourquoi il a tapé juste, par rapport à l'imaginaire des années 80, 90. Les cigarettiers ont organisé pas mal d'opérations à gros budgets -un moyen de contourner les interdits sur le tabac, qui se multipliaient-. Pourtant, seul le Gamelle Trophy est encore évoqué plus de vingt ans après la dernière édition...

Dés l'introduction, on en prend aussi plein la vue. Le raid était très photogénique, avec ses Land Rover couleur sable, ses participants en uniforme et ses lieux exotiques.

Nick Dimbleby aurait pu se contenter d'écrire Le Gamelle Trophy et moi. Piocher dans ses souvenirs et ses archives. Mais ce n'est pas son genre. Il préfère récupérer les points de vue de chacun. A commencer par le staff.
Le livre s'ouvre ainsi sur les Hommes de RJ Reynolds. Ceux sans qui le raid n'aurait jamais existé et que pourtant, on ne voyait jamais. Quelques cols blancs qui s'ennuyaient et cherchaient un prétexte pour jouer à Indiana Jones. Des ex-militaires qui offraient leur aide dans le baroud. Et d'anciens participaient qui passaient de l'autre côté de la barrière.

Ensuite, on passe aux véhicules. Là, l'auteur est dans son élément. Il liste chaque véhicule utilisé et la liste précise des modifications effectuées.

L'édition 1980 avait été organisée avec des Jeep brésiliennes dénichées sur place. Land Rover embarqua en 1981. Le constructeur était au plus mal et il n'avait rien à perdre. En 1981, le "Series" accusait sérieusement le poids des ans. D'emblée, la filiale Allemande proposa une série limitée [Chameau]. Au fil des trophées, Land Rover s'impliqua toujours plus. Le Gamelle Trophy fut un moyen de pousser les nouveautés (Range Rover diesel, Defender, Discovery et plus tard, Freelander.)

Nick Dimbleby montre, à coups de publicités d'époque, comment l'imagerie du Gamelle Trophy se répandit. Chez Land Rover, bien sûr et chez [Chameau], qui commercialisa plus tard une ligne de vêtements. Les fournisseurs de CB et de treuils capitalisèrent également sur l'épreuve.
Le plus surprenant, c'est Mitsubishi. Pour les sélections Japonaises, il y avait des Pajero. Mitsubishi commercialisa ainsi un Pajero [Chameau]. Le plus drôle, c'est cette publicité dans Penthouse, où avec des photos des sélections locales et beaucoup de mauvaise foi, la marque aux trois diamants veut faire croire qu'elle fournit le Trophée !

On passe ensuite aux épreuves à proprement parler. Il y a de la nuque longue, du bandana et de la barbe de trois jours ! L'auteur opte pour un style scrapbook, avec des souvenirs des différentes éditions, au-delà des photos. Il montre aussi l'accueil des locaux, comme ces Papous masqués qui tournaient autour d'un Range Rover.

On assiste aussi à l'évolution du Trophée, qui ne peut échapper à la géopolitique. Les premiers Gamelle Trophy étaient presque exclusivement composés d'équipages d'Europe de l'ouest et des Etats-Unis. Avec l'implosion du bloc de l'est, de nouveaux consommateurs potentiels apparurent. Et RJ Reynolds d'accueillir des équipes d'Europe Centrale et Orientale. Puis il y eu l'émergence des BRICS et le raid de s'internationaliser.
Par ailleurs, les sites changèrent. L'Afrique, de moins en moins stable, fut délaissée au profit d'une Amérique du Sud pacifiée.

Puis l'on repart côté coulisses, avec les reconnaissances. Nous voici avec les forças chargés de trouver les futures pistes du Trophée. Loin du glamour de l'épreuve.

Notez d'ailleurs qu'au début, Land Rover ne fournissait pas de véhicules pour les recos. D'où ces Land Cruiser sans marquages...

Ensuite, les sherpas eurent droit à des uniformes et des Land Rover stickés. Et comme on peut le constater, les reconnaissances n'étaient pas de tout repos...

Pendant ce temps, c'était le temps des sélections. Malgré toute l'improvisation autour de l'édition 1980, RJ Reynolds fut submergé de dossiers, l'année suivante. Dans les années 80, il n'y avait pas encore de sports extrêmes. Alors pour nombre de CSP+ en mal de sensations, le Gamelle Trophy était le Graal. S'imposer comme le meilleur, dans un monde d'individualisme et de culte de la performance... Mais il fallait encore passer les éliminatoires. Conduite en tout-terrain, montage d'une tente, descente de rapide en kayak, course d'orientation... Il fallait souffrir ! Et malgré tout, les dossiers étaient toujours plus nombreux. Ainsi, il y eu plusieurs tours d'éliminatoires, pour sélectionner les deux personnes capable de représenter leur pays. La finale nationale, parfois disputée en Turquie ou en Jordanie, était déjà un mini-Gamelle Trophy en soit.

On passe ensuite aux médias. Le Gamelle Trophy, c'est la rencontre d'un cigarettier aux poches pleines et d'un constructeur de 4x4 au bout du rouleau. Le tout, dans un contexte de goût de l'aventure et de la frime. Mais le quatrième point, ce sont les médias.
Nick Dimbleby nous montre la machinerie durant le Trophée. Avec les bataillons de photographes et de journalistes. S'il y a tellement de belles photos, c'est aussi parce que dès qu'un véhicule bougeait, il avait forcément un objectif braqué sur lui. Le Trophée avait ses propres caméras. Le soir, des hélicoptères expédiaient les rushs, puis des monteurs étaient capable de fabriquer un résumé de la journée. Ainsi, les TV se faisaient offrir sur un plateau une cassette prête à être diffusée, 24h seulement après le tournage. Pour l'époque, les moyens développés étaient impressionnant. Vu d'aujourd'hui, les téléphones-satellitaires, magnétoscopes pro et autres caisses de pellicules-photo font sourire...

Puis on passe au lègue. L'auteur évoque évidemment le G4, cette tentative de Trophée 100% Land Rover. Il y eu aussi le TreK, organisé par Land Rover USA, profitant d'un dégazage massif du service marketing de RJ Reynolds. Aujourd'hui, des propriétaires de Land' organisent des Trophées recréant l'ambiance du [Chameau].
Nick Dimbleby revient aussi sur le destin de plusieurs anciens participants... Et des anciens véhicules.

En résumé, c'est un livre truffé d'informations et d'anecdotes. Avec une bonne couche d'humour. Le tout superbement illustré par de nombreux documents.

Il est facturé 60£, mais avec 336 pages, on en a pour notre argent !

Commentaires

Articles les plus consultés