DS9, mon soixante-sixième essai

DS se lance dans les grandes berlines avec cette DS9. Haut de gamme Français, mais fabriqué en Chine, elle tente de se faire une place parmi les limousines premium. La DS9 fait parti de l'offensive de charme pour (re)lancer DS. Ses arguments : beaucoup de technologie et des tarifs attractifs.

Une DS fabriquée en Chine ?

Il faut remonter en arrière. L'acquisition du savoir-faire fut laborieuse pour les constructeurs étatiques Chinois. Il fallu attendre six ans pour que DongFeng propose deux carrosseries pour la ZX, alias Fukang (NDLA : 5 portes et 4 portes.) Mais vous n'aviez qu'une seule motorisation, une seule finition et seulement trois teintes ! En 2006, 14 ans après le lancement de la Fukang, DongFeng lançait un second modèle, la 206. A ce train-là, se dit PSA, il faudra 40 ans pour proposer l'ensemble de la gamme en Chine !
Comme d'autres, les Français cherchèrent un second partenaire. L'époque était à l'émergence de constructeurs non-étatique, comme Hafei. Filiale de l'équipementier AVIC 2, Hafei s'était fait dessiner ses voitures par Pininfarina. Il exportait jusqu'en Ukraine et faisait assembler sa citadine Lobo à travers toute l'Asie du Sud-Est. De plus l'Américain Miles avait financé l’électrification de sa grande berline Seibao, pour la vendre aux USA. PSA approcha Hafei et il se fit la main sur un Berlingo.

Hélas pour PSA, en 2008, l'état décidait de fusionner AVIC 1 et AVIC 2 pour créer un "EADS Chinois". Tous les moyens étaient placés sur l'aéronautique ; chez Hafei, faute de perspectives, les cadres firent leurs valises. En 2010, ChangAn rachetait Hafei, lui redonnant un avenir... Mais à ce moment-là, c'était PSA qui était K.O. !
En 2014, Carlos Tavares impulsa un nouvel élan au groupe. L'ex-future Hafei-PSA allait désormais produire des DS. Et plutôt que d'employer l'ex-site d'Hafei, ChangAn-PSA se fit construire un nouvel écrin à Shenzhen. Notez que depuis 2020, l'usine appartient à Baoneng Group, qui a également racheté les parts de ChangAn dans la joint-venture.

Présentation

La DS9 est une voiture conçue pour la Chine. J'y vois une évolution du concept-car Metropolis, dévoilé lors de l'Expo 2010 à Shanghai. Cette grande berline étant plus cohérente avec le label DS et elle dut ensuite attendre à la fois la montée en compétence de Shenzhen et la plateforme EMP2.
Dans le premium Chinois, il existe une clientèle de patrons d'ETI, plutôt traditionaliste. Ils veulent une grande berline, pas un SUV. Seulement, DS a du mal à décoller au Pays du Milieu (238 ventes sur les cinq premiers mois de 2021 !) Aussi, il fut décidé de la vendre aussi en Europe. Elle fit parti des nouveautés attendues pour un salon de Genève 2020 qui n'a jamais eu lieu...

En voyant la personne du parc presse, venir à son volant, je n'ai pas pu retenir un p.... Je vois des voitures toute l'année et pourtant, j'ai été soufflé. Un long capot, des chromes, la calandre DS Wings, les jantes 19 pouces Monaco (de série), la teinte Bleu Midnight (en option pour 1 200€ !)... Tout concourt à en faire un véhicule statutaire.
Plus sérieusement, avec 4,93m, la DS9 est presque 20cm plus longue que sa cousine 508. Même la loooongue Insignia lui rend 3cm ! DS a opté pour un vrai "E" ; c'est une "executive", pas un VTC !

Intérieur

Compte tenu du délais d'acheminement et des volumes attendus, DS a limité la diversité. Si cette Performance Line, tout est de série ! La planche de bord est ainsi tapissée d'alcantara (la finition Rivoli ayant elle droit à un intérieur cuir.) L'écran est un 12 pouces et il dispose donc d'emblée de la navigation.

D'habitude, dans mes descriptifs d'intérieur, il y a un "mais". Cette fois, non. Rien à redire. On sent que DS a fait des efforts, tant dans le design -très futuriste-, que la qualité perçue. Ils ont compris qu'un haut de gamme, c'était des détails. Tout doit être parfait, a fortiori pour un véhicule de conquête. J'ai particulièrement apprécié la montre BRM, qui surgit au démarrage.

Au volant

Cette version dispose du 1,6l turbo PureTech 225ch. Une version hybride rechargeable 250ch et 360ch 4x4, dites e-Tense. Pour la noblesse de la mécanique, il faudra repasser. Et c'est toujours en boite automatique.

Pour ce genre de voitures, il faut opter pour une conduite coulée. La voiture file sans un bruit et les sièges sont vraiment confortables. Une voiture taillée pour avaler les kilomètres en vitesse de croisière.

Par contre, les 225 canassons sont bien cachés. Il lui faut 8,1 secondes pour atteindre les 100km/h. Même en mode "sport", les reprises sont molles, la faute à un kick-down qui se fait attendre.

La DS9 est équipée des DS Active Scan Suspension. Comme au bon vieux temps des suspensions hydropneumatiques, elle est clivante. Les puristes adorent. Personnellement, j'ai trouvé que les suspensions surréagissaient aux sollicitations : cabrage à l'accélération, piqué au freinage et pompage sur les inégalités de la route. En conséquence, à un rythme plus tonique, le transfert de masse est exagéré avec du sous-virage et du sur-virage !

Conclusion

Avec la peinture Bleu Midnight, on est à 48 900€ (tarif avec peinture normale : 47 700€.) A équipement égal une BMW 520i 184ch Lounge est facturée 59 160€ (mais avec 145g de CO2 vs 155g.) Le rapport qualité/prix de la franco-chinoise est plus qu'intéressant.
Globalement, c'est un beau produit, très abouti et bien positionné.

Malheureusement, à ce niveau de gamme, les considérations subjectives priment souvent. DS n'a pas l'aura d'un premium Allemand. Au contraire, la marque est dans le flou total. PSA a fermé plusieurs points de vente, les ventes plafonnent et la valeur-ajoutée de DS au sein du vaste portefeuille de marques de Stellantis n'est pas évidente.
La DS9 risque d'être une de ces voitures injustement boudées, qui fera le bonheur des acquéreur, dans dix ans, en troisième main...

Commentaires

Articles les plus consultés