Jinbei Hiase par Xcartoys

Interrompez tout ce que vous faites ! Voici la grand nouveauté "two inch" de la rentrée : le minibus Jinbei Hiase par Xcartoys.

Xcartoys l'a très bien reproduit, avec son porte-à-faux avant très maladroit. Il y a même coupe argentée qui donne son nom à la marque et le "Jinbei" dans les graphiques latéraux.

En vrai, ils sont rarement aussi propres. Les chauffeurs Chinois font souvent preuve d'optimisme lors des créneaux et les enjoliveurs ne résistent pas au chaos des chaussées...

Ce n'est pas un prix de beauté. Néanmoins, l'air de rien, le Jinbei Hiase eu un rôle-clef dans l'industrie automobile Chinoise.

Je dis ça quasiment à chaque miniature Xcartoys. Il faut bien comprendre que durant les années 60, 70, 80 et même 90, en Chine, les nouveautés étaient rares. En fait, cet assortiment correspond à la quasi-totalité des véhicules produits en grande série (VP, VU et PL.) Je les connais tous, mais en même temps, ça ne fait pas beaucoup de modèles à retenir...

Par conséquent, comme les nouveautés étaient rares, chaque véhicule était un évènement. Il explorait un segment inédit et sa mise en production, une vraie aventure industrielle.

Jinbei est né à Shenyang, dans le Liaoning (nord-est du pays.)

Il faut s'imaginer la Lorraine, en Chine. Comme la Lorraine, le Liaoning était une région de hauts-fourneaux. Avec un savoir-faire et des sous-sols riches. En conséquence, elle fut elle-aussi convoitée par ses voisins. L'ancien nom de Shenyang est Mukden, un nom qui parlera aux historiens de la Première et de la Seconde Guerre Mondiale... Les points communs se poursuivent avec le destin. Les haut-fourneaux n'étaient plus compétitifs. Ils fermèrent les uns après les autres. En Lorraine, il y eu des conséquences politiques, sociales et économiques. Or, en 1970, il y avait 2,3 millions d'âmes dans cette région. En 1990, lorsque le Liaoning fut frappé par un crise de la sidérurgie, la province comptait 39,5 millions d'habitants.

Pour tenter d'éponger en partie le chômage massif en Lorraine, l'état Français poussa Saviem à ouvrir une usine de camion à Batilly. Usine qui produisit finalement des vans, les Renault Master.
De même, afin de juguler le chômage massif dans le Liaoning, l'état Chinois voulu construire des camions à Shenyang... Et l'usine de finalement produire des vans, les Jinbei Hiase.

Le paradigme Chinois de la construction automobile avait pas mal évolué. A l'origine, la Chine aurait voulu qu'un usine unique, la First Auto Works, motorise à elle seule la Chine.
Puis, dans les années 60, l'état projeta que chaque Province possède son usine de camions, de tracteurs agricoles, d'engins de chantier, etc.
Après la Révolution Culturelle, l'état "céda" ces usines provinciales aux collectivités locales. La contrepartie, c'était que les véhicules assemblées ne devaient être diffusés que dans leur province d'origine.
L'armée Chinoise possédait une organisation et des moyens qui manquaient au secteur civil. De plus, le mil-aéro fut relativement épargné par les purges. L'armée prit le contrôle du secteur mil-aéro. Surtout, chaque équipementier se vit adjoindre une usine automobile (principalement des minivans, sous licence japonaise.) L'état conservant néanmoins un monopole sur la production de VP.
Dans les années 90, l'état Chinois se rendit compte que la production globale augmentait à un rythme de tortue. Il fallait faire sauter les verrous bureaucratique. Certaines usines locales eurent ainsi l'autorisation de diffuser leurs produits au niveau national (hors VP.)

De plus, beaucoup de gens convoitaient le gâteau Chinois. L'état avait pris l'habitude de placer des délégués du Parti (ou leurs proches) à la tête des sociétés. Ce qui était l'une des causes du sous-développement industriel. Au début des années 90, elle entrouvrit la porte à hommes d'affaires Chinois, comme Yin Tongyao pour Chery ou Yang Rong pour Jinbei. Le Parti mangeait son chapeau, mais c'était moins pire que de donner les clefs aux occidentaux...

Ensuite, l'histoire diverge. 

D'après Yang Rong, c'était lui qui était à l'origine du projet. Il aurait souhaité bâtir son projet à Ningbo, mais l'état lui a "conseillé" de s'installer à Shenyang.
Ce qui est plus probable, c'est que Wu Disheng, maire Shenyang, intrigua pour obtenir l'usine de fabrication de Toyota Hiace. Yang Rong aurait alors proposé ses services. Wu Disheng ne vit jamais l'usine Jinbei : il mourut lors d'un crash d'hélicoptère, alors qu'il était en Israël pour signer des contrats.
Quoi qu'il en soit, en 1992, Brilliance Auto était officiellement enregistré. Comme souvent, il s'agissait en fait d'une société d'économie mixte entre un fond municipal... Et une société immatriculée aux Bermudes (et appartenant à Yang Rong ?)

Quoi qu'il en soit, les premiers Hiase (avec un "s") étaient des Hiace expédiés en kit du Japon. Shenyang ne faisant que jouer de la clef Allen. En 1995, FAW devint actionnaire de Brilliance. Un subterfuge vis-à-vis de la bureaucratie Chinoise, en attendant que le constructeur possède sa patante. Très vite, Jinbei lança un Hiase 2 avec un nouvel avant. Il possédait davantage d'éléments produits sur place. La valeur ajoutée augmenta avec le Hiase 3. Ici, on a affaire à une Hiace 4 de 2003. Ces liftings permettaient aussi de dire que c'était une création originelle de Jinbei ; donc plus de royalties à verser à Toyota...

Entre temps, Bo Xilai a pris les commandes de Shenyang. L'ambitieux a un rêve : produire une grande berline de luxe, digne des créations Allemandes. Ce sera la Zhonghua, alias Brilliance BS6, mais c'est une autre histoire...

Ce qu'il faut retenir, c'est que par rapport aux précédents minivans assemblés en Chine, le Hiase était plus gros et plus puissant. Avec l'industrialisation de la Chine, il y avait de plus en plus de VIP à transporter. Jinbei saisit l'opportunité avec des aménagement luxueux. Chaque client ayant droit à son cap'tain chair, recouvert de cuir et réglable électriquement. Sans oublier la clim', les cendriers et un peu plus tard, les écrans à l'arrière. Et en guise de tuning, ces vans reçoivent souvent des rideaux aux fenêtres, voire des napperons sur les sièges. Hauts fonctionnaires, clients ou célébrités, vos hôtes seront chouchoutés !
Durant la décennie 2000, le groupe Brilliance a multiplié les aventures industrielles. Néanmoins, grâce à cette niche du shuttle VIP, Jinbei a pu se maintenir jusqu'à aujourd'hui.

Apparemment, depuis 2015, le Hiase n'est plus produit. Jinbei a déménagé dans un nouveau site, toujours à Shenyang. C'est là que la Dacia Spring (ex-Jinbei-Renault K-ZE) est produite. L'ancien site de l'Hiase, lui, produit des équipements.

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