L'AVENTURE PEUGEOT CITROËN DS, LA VENTE OFFICIELLE

Des Citroën et des Peugeot rares, voire uniques et un oriflamme Aguttes. Pas de doute, c'est la vente aux enchères de l'Aventure Peugeot Citroën DS, au Conservatoire Citroën.

C'est la troisième vente de ce type. La première n'avait pas grand intérêt : des Xsara de pré-série (sans CG) et des catalogues de C5. Lorsque PSA parlait d'évacuer son surplus, on pouvait le croire. Deux ventes plus tard, on commence à voir passer des véhicules plus intéressants. Notez que les Peugeot mises à la vente sont plus nombreuses que les Citroën.
En 2022, le bail de PSA à Aulnay (c'est-à-dire, le Conservatoire Citroën, la piste de karting et quelques bâtiments désaffectés) va expirer. Stellantis songe à un nouveau site. Et clairement, certaines des 700 voitures des patrimoines Citroën et Peugeot ne seront pas du voyage.

Pour me faire l'avocat du diable, le Conservatoire Citroën portait une vision très "2000". A cette époque, les constructeurs devaient avoir une collection de voitures et d'artefacts historiques. C'était cohérent à une époque où les constructeurs possédaient des show-rooms et organisaient de nombreuses animations. Aujourd'hui, les show-rooms ont fermés, les grandes concessions des villes ont fermé et les constructeurs limitent le budget pour les animations. Pourquoi garder une telle collection, pour deux ou trois sorties par an ? Certaines voitures ne sont également plus en phase avec l'actualité. On voit ainsi très mal Peugeot ressortir sa 404 Diesel des records... Par pragmatisme, il faut donc lâcher du lest. Les groupes comme Stellantis se sont jetés dans les bras du marché pour lever des fonds et le retraité de Floride, qui cotise à un fond de pension, n'a que faire des musées privés des constructeurs...

Côté voitures, on est accueilli par ce Berlingo "Croisière Jeune". Il s'agit d'un concept-car de l'ISCAD, l'école de Franco Sbarro. Elle a été exposée au Mondial de Paris 2000.

Le nom et le véhicule font bien sûr référence à la Croisière Jaune et aux autochenilles Kegresse. C'est très touchant que le véhicule du dernier raid Citroën (en date ?) rende hommage à celui d'une des toutes premières "Croisière". La boucle était presque bouclée.

Accessoirement, ce concept-car possède un côté délire de jeunes designers. Elle fait rire.

A l'entrée de l'espace, une 206 WRC "Vaillante" et une 807 d'assistance "Vaillante". Pour le film Michel Vaillant, Luc Besson avait poussé loin le sens du détail. Non seulement il avait grimé des voitures de courses en Vaillante. Mais comme dans l'esprit de la BD, toute l'équipe roulait dans ds véhicules siglés. Les sponsors étaient des entreprises qui avaient effectivement acceptés de mettre leur logo sur les voitures. Sans oublier les prises de vue durant les 24 Heures du Mans.

Luc Besson est un passionné de voitures, il avait envie de créer une franchise. Mais le premier jour de tournage, il fit un gros caca devant la caméra. Et il le filma, encore et encore. Les acteurs étaient amorphe, le scénario accumulait les poncifs et la mise en scène était ridicule.

Ces voitures sont la définition même de "plus en phase" : tout le monde a cherché à oublier ce film.

Autre belle gamelle : L'écume des jours.

Michel Gondry a été le clipeur ultra-créatif des années 90 (Björk, Daft Punk, Beck...) Puis il réalisa des films loufoques comme Human nature, Eternal Sunshine of the spotless mind, Be kind rewind... Il utilisait les trucages numériques pour créer des objets très poétiques.
Le premier plantage, ce fut Le Frelon vert, un film de superhéros générique. Puis il y eu L'écume des jours... Adapter l'univers surréaliste de Boris Vian, c'était un défi. Michel Gondry a sans doute trop réfléchi, à l'instar de ces voitures modifiées (voiture à deux arrières, voiture transparente...) Pour les studios; ce fut l'erreur de trop. Depuis, Michel Gondry a hélas disparu des écrans de radar.

Une triplette de voitures de courses Peugeot Sport.

Une 206 WRC show-car. Lorsqu'on voit les noms sur les portières, on ne peut s'empêcher d'être nostalgique. Le team Peugeot Sport de 2003 avait davantage de stars que tout le WRC 2021 ! Notez que la dernière fois, c'était le show-car 1999 qui était parti.

Une 406 Supertourisme avec laquelle Emiliano Spataro (par la suite pilote Duster au Dakar !) et Caca Bueno furent champions d'Amérique du Sud, en 1999.

Une 406 Coupé "silhouette" Solution F ex-William David. Les silhouettes furent une fausse bonne idées pour relancer le Supertourisme. Des voitures inutilisables ailleurs. Peugeot tua la compétition avec une équipe Pescarolo surdimensionnée.



De face, on dirait juste une 505 bariolée, mais de profil... On a ainsi affaire à une 505 pick-up double-cabine. Une création de Gruau, exposée au Mondial de Paris 1984.
Le marché de la carrosserie industrielle s'est beaucoup développé durant les Trente Glorieuses. Gruau fut un de ceux qui en profita, au point de songer à se diversifier. Notamment dans les camping-cars (une idée qui fit long feu.) Les années 80 furent marquées par l'ascension de Patrick Gruau. Jusqu'ici, l'entreprise familiale faisait du sur-mesure. Pourquoi ne pas aller vers de la moyenne série ? D'autant plus que Chausson, le leader du segment, commençait déjà à giter. D'où cette 505 pick-up avec une double-cabine assez inédite pour l'époque. L'année suivante, Gruau allait être coproducteur de la 205 Multi.
Apparemment, Peugeot n'a pas donné son imprimatur (pour ne pas gêner la 504 Pick-up, produite encore quelques années ?) Seules 6 unités furent construites.

Toutes les voitures misent en vente mériteraient quelques lignes, mais il faut faire du tri...

Voici une belle brochette de 205.

La première noire est une GTI normale
La bleue est une Gutmann. Kurt Gutmann avait fait rentrer le 2,0l 160ch de la 405 Mi 16, sous le capot de la 205 GTI. Le tout avec un "kit turbo" (imitant la 205 T16) et dans un bleu électrique bien eighties. La 205 GTI 1.9 était loin d'être donnée, mais là, Gutmann doublait le prix de vente ! Une centaine de "205 Mi 16" furent construites. Elle serait idéale pour Le Vendôme 80 !
La seconde noire est l'une des premières 205 GTI. Donc 1.6 105ch. En plus, elle avait un kit PTS... Notez l'absence de second rétroviseur, le Peugeot de l'époque étant d'une pingrerie légendaire...
Enfin, une 205 Rallye, désormais rare d'origine. Mais elle a l'air un peu fatiguée...

L'une des pièces maitresses de la vente, c'est ce camping-car intégral, sur base Citroën Type H. Je l'ai pris pour le petit-frère du Coccinelle III (après tout, il y a bien eu un Coccinelle I et II, non ?) qui apparait régulièrement. Sauf qu'il a été réalisé par Barou et non Le Batard comme le Coccinelle III.
Surtout, là où le Coccinelle III datait de 1955, celui-ci date de 1954. A-t-il inspiré Le Batard ?
Quoi qu'il en soit, c'était la paléontologie du camping-car. Lorsque les véhicules étaient réalisés à l'unité, par des artisans non-spécialisés. On était très loin des réalisations des années 70...

Sur le carrossier, je n'ai pas grand chose. L'encyclopédie de la carrosserie Française d'Automobiles Classiques lui consacrait trois lignes et Automobilia faisait à pine mieux.
Jean Barou ouvrit son atelier en Ardèche, dans les années 30. Durant l'Occupation, il créa des vélo-cargos avant l'heure. Au début des années 50, il se fit remarquer avec des voitures de sport, puis des carrosseries pour des marques de prestige. Afin de faire tourner la boutique, il accepta des projets moins glamour comme ce camping-car. Il aurait fermé dans les années 60.

La Peugeot fut le second modèle de la marque à "zéro" central, après la 201. Lancée en 1932, elle reçu un lifting à mi-vie, en 1934. L'aérodynamisme était dans l'air du temps (humour !) Alors des généralistes comme Peugeot ou Renault "fluidifièrent" les lignes de leurs voitures : ailes plus galbées, calandre inclinée, arrière fuyant... Dire que l'année suivante, la 402 inaugurait les "fuseaux Sochaux".

C'était aussi le début du travail du designer. Les délais de conception s'allongeaient, la vie du modèle s'allongeaient, alors il fallait davantage de réflexion.

Ce cab'trac est présenté comme "un intéressant projet de restauration". Dans une autre vie, c'était une 7cv cabriolet de 1937. Dans les années 70, le propriétaire l'avait démontée, pour la restaurer et un demi-siècle plus tard rien n'a bougé. Ah si, certaines des pièces démontées ont rouillé !
Pour le coup, sur les "jambons", il ne reste plus que les os.
Pendant une seconde, j'ai eu la pensée impure de l'imaginer en restomod, avec un V8 yankee. Dans les années 80, on l'aurait fait. Après tout, il y eu des mulets de 22cv à moteur V8 Ford, donc ça ne serait pas complètement apocryphe.

Une Type C 5cv "Trèfle" de 1923 et son évolution C3, de 1925. L'une est un "projet de restauration" et l'autre, une "sortie de grange".
Personnellement, j'opterai plutôt pour la C3 complètement rouillée. Dessus, vous êtes obligé de tout démonter, puis décaper ou sabler. Beaucoup de travail et d'investissement en perspective, mais au bout, vous aurez une voiture refaite à neuf.
L'erreur de la voiture de gauche, c'est de croire qu'elle est en excellent état. Vous avez l'impression qu'elle a juste besoin de pneus neufs et d'un tachymètre. Sauf qu'en l'inspectant vous verrez qu'il y a une troisième intervention. Puis, une fois cela réglé, vous découvrez un quatrième point à corriger, puis un cinquième, etc. Ainsi, vous avez mis deux ou fois votre mise de départ et vous n'en voyez pas le bout. Vous finissez alors par vous désintéresser de cette 5cv "Sisyphe"...

Un quatuor de "base de restauration", dixit Aguttes. Quatre cabriolets Peugeot très, très fatigués.

Tout d'abord, une rare 203. L'un de ses anciens propriétaires tenta une restauration en dépouillant une berline. Il en reprit la calandre. On dirait une Darl'Mat, mais il s'agit d'une GH bien moins prestigieuse...
Deux 403. La bordeaux possède de la corrosion perforante et la blanche a reçu un mauvais choc. La blanche possède tout de même un compresseur Constantin. Alexis Constantin était un expert de la Peugeot compressée (203, puis 403.) J'ai découvert qu'il habitait ma ville. Pourquoi ne lui a-t-on pas donné de rue ?
Enfin, une 404. Notez les trous sur la calandre pour les longues portées et les enjoliveurs façon roues fils. Au début des années 80, c'était l'attirail complet pour chasser la galinette cendrée, à a la sortie du Macumba...

Et ça continue ! A l'intérieur, deux 2cv Charleston faiblement kilométrées. Lors de la vente du Tour Auto, un modèle identique était parti pour 141 960€. Pourquoi ne pas retenter le coup ?

La vente porte aussi sur des affiches, catalogues, miniatures anciennes... Et des enseignes, comme ce Peugeot chromé. Ça me rappelle un gag de Gaston Lagaffe où le célèbre garçon de bureau avait réussi à perdre les lettres géantes de "Spirou"...

Tant qu'à faire, j'ai flâné dans les allées du Conservatoire Citroën. Je l'avais pour moi tout seul ! En vue des Journées du Patrimoine, l'équipe a remodelé la salle d'exposition. D'où quelques voitures absentes en 2020. Comme cette CX victorieuse au rallye du Sénégal, cette Visa 1 en bleu de chauffe, ces deux Citroën présidentielles ou cette autochenille Kégresse "civile".

Hélas, ce sera peut-être ma dernière visite à Aulnay. Et la prochaine fois que je reverrai ces voitures, elles porteront sans doute un panneau Aguttes sur le pare-brise...

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