Zero to hero


Une sacrée claque ! Ce documentaire suit l'odyssée de Vivien Siu. Cette Chinoise de Hong-Kong veut disputer le Grand Prix de Macao F4. Sachant que 6 mois plus tôt, elle ne s'était jamais assise dans un baquet. Et que la vingtaine bien tassée, elle est très vieille pour débuter une carrière en monoplace...


12 novembre 2023. Arvin Lindblad est en démonstration. Dominateur tout le week-end, le pilote Red Bull Junior (et très probable pilote RBVCARB 2026) remporte le Grand Prix de Macao F4. 

Deux minutes plus tard, Wing Man "Vivien" Siu passe la ligne d'arrivée. Elle était 12e et dernière, mais compte tenu de son inexpérience, c'est déjà un exploit.

Après tout, les deux autres féminine, Bianca Bustamante (alors pilote McLaren Junior en F1 Academy) et Miki Koyama (ancienne lauréate de la Formula Regional Japan) ont été éliminées.

Quelques jours plus tôt, Instagram m'avait suggéré de suivre son compte. Au menu, des soirées habillées, des photos de son chat, des séances photos pour des magazines... Bref, le contenu habituel d'une influenceuse.


Lorsque j'ai appris qu'elle avait tourné un documentaire sur cette expérience, j'ai trouvé que c'était too much. D'autant plus qu'elle enchaina les interviews et qu'elle collectionna les trophées. Qu'a-t-elle donc de si important à dire ?

Je m'attendais à "Manon Lanza à Macao". Malgré tout, j'ai pris contact avec elle, puis le réalisateur pour tenter de voir le documentaire. Sachant qu'il n'est pas disponible sur support physique et que seules les plateformes locales de streaming le diffusent.


Tout d'abord. Courir à Macao, ce n'est pas un caprice de petite fille riche. On découvre une Vivian Siu qui aime se défier. On la sent d'emblée prête à remuer ciel et terre. Elle est beaucoup moins superficielle qu'au premier abord.

D'ailleurs, elle n'est pas une de ces riches héritières d'Extrême-Orient. Après une enfance difficile, entre Hong-Kong et les Etats-Unis, elle réussit à décrocher à reprendre le lycée, à 19 ans, puis à décrocher un diplôme à Columbia. Elle retourna à Hong-Kong où elle vécu comme une quasi-SDF. Par l'association des anciens élèves, elle obtint un parrainage pour entrer chez UBS. Elle travaille depuis dans cette banque d'affaire.

Cette femme ne cache pas sa fragilité. Elle fond régulièrement en larmes. Vivian Siu est condamnée à réussir sa vie, par devoir pour ses parents décédés. Mais aussi car elle n'a ni famille, ni amis pour l'aider en cas de besoin. On a l'impression que pour elle, chaque jour est un sursit. Qu'inéluctablement, un jour, on lui reprendra tout et elle retournera vivre dans la rue.

Adolescente, elle trainait dans les salles d'arcades. Elle s'était ainsi découvert une passion pour les jeux de course auto.

A la sortie du Covid, elle a eu envie de passer du virtuel au réel.

Ainsi, en janvier 2023, elle poussa la porte du T1 Racing Kart Club, à Shenzhen. Il y a de nombreuses pistes à Shenzhen, mais le T1 Racing Kart Club est l'une des seules à proposer de vrais karts de compétition. Elle décroche sa première victoire.


Jacky Wong, le cofondateur du T1 Racing Kart Club, est pilote. Il était notamment présent en F4 China, chez Henmax. Pour 2023, T1 Racing s'associait avec l'écurie.

En Chine, le sport auto reste une affaire d'amateurs. Le lancement de la F4 China, en 2015, a permis de rajeunir le peloton. Mais le niveau reste faible. "Charles" Leong, "Gerrard" Xie ou "Andy" Chang, tous anciens champions de la discipline, se sont fait laminer en Europe. A contrario, "Daniel" Cao, modeste pilote de British F4, s'est baladé lors de ses débuts en Chine.
Avec le Covid, le championnat de F4 China s'est déroulé en pointillé, entre deux confinements. 2023 était la première saison à peu près normale, mais les concurrents manquaient à l'appel.

Ainsi, en mai, Jacky Wong invita les pilotes du T1 Racing Kart Club. Vivien Siu pu prendre le volant d'une F4, sur le circuit de Zhaoqing. Visez la végétation envahissante...


Enchantée par l'expérience, l'aspirante cassa sa tirelire : elle allait disputer la F4 China ! Sachant que la finale avait lieu à Macao, en prologue de la course de F3.

Ce n'est pas un championnat de F4 Européenne, mais même là, elle a un déficit d'expérience et de vitesse.
Jacky Wong et Jason Pan - son patron chez Champ Motorsport - avouent leur scepticisme sur le niveau de leur recrue. Vivien Siu elle-même espère simplement terminer le Grand Prix de Macao. Mais même en mettant la barre très bas, la pilote va se rendre compte que c'est beaucoup plus difficile que prévu...


Quand bien même vous ne suivriez pas les formules de promotion, la toute première image du documentaire gâche le suspens. Oui, Vivien Siu a finit par courir à Macao, en F4 !
Néanmoins, même en connaissant l'issue finale, on est prit par l'action. Malgré son salaire de cadre supérieure dans la finance, elle se retrouve à court de fonds.

Mais à mesure que la course approchait, il y avait quelque chose de christique. Cette épreuve, c'était le Golgotha de Vivien Siu. Plus elle avançait et la pente était ardue. Plus elle avançait et elle était seule. Elle dû sacrifier ses économies et sa relation sentimentale, pour atteindre son rêve. La pilote reconnait que c'était un dessein complètement égoïste.


L'un des points forts de ce documentaire, c'est le style très sobre. Pas de voix off. Pas de sensationnalisme.

La caméra de Jonathan Finnigan se montre bienveillante. Il laisse parler les proches de la pilote, même lorsqu'ils cherchent leurs mots.
La spontanéité est l'autre maitre-mot. Le réalisateur ne cherche pas non plus à prendre Vivien Siu à défaut ou à lui tirer les vers du nez. Il la filme avec pudeur, attendant qu'elle évoque elle-même des sujets intimes comme la perte de ses parents ou son homosexualité.


Parce qu'il faut bien râler, j'ai trouvé un peu ridicule les deux scènes de confessionnal. Vivian Siu commente ce qu'il vient de se passer, façon télé-réalité. C'est d'ailleurs les deux seuls moments où elle surjoue ses émotions.

Mais en définitive, c'est un excellent documentaire. Oui, il mérite bien ses trophées et les couvertures de magazines !
Cela plaira aux passionnés de sport auto, avec une plongée dans les coulisses des "petits".
Les amateurs d'exotisme s'intéresseront à ce delta de la rivière des Perles. Hong Kong, Macao, Canton et Shenzhen ne sont que de part et d'autres des rives. Pourtant, on a le sentiment que beaucoup les sépare.
Enfin, à l'heure de la polémique sur les films de "girlboss" de Disney et de Marvel, voici une vraie héroïne ! Elle ne gagne pas à tous les coups. Elle n'est pas infaillible. Elle a parfois besoin d'hommes pour s'en sortir. Mais elle finit par triompher. Et ce n'est pas du cinéma !


Le documentaire est à voir, en toute légalité ici.

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