Dragster Genesis

Voici un livre sur une discipline hélas oubliée : les dragsters. La NHRA, qui fête ses 75 ans, existe toujours. Mais elle n'est plus que l'ombre d'elle-même.

Les hot-rod, ça commence à devenir comme le Camel Trophy ! Un sujet a priori à la fois obscur et has been. J'ai écrit un article, persuadé que ça serait le dernier. Puis j'en ai parlé deux fois, trois fois, etc.

Alors lorsqu'Evro Publishing a annoncé ce Dragster Genesis, il me le fallait !

La maquette rappelle les livres des années 50. Chaque dragster marquant a droit à une vue de profil, point final. Même si deux, voire trois pages lui sont consacrées !

Au moins, c'est exhaustif. On y trouve même la Willys Stone/Wood/Cook, gasser emblématique. 

Le livre débute par un historique. Il s'agit de couvrir la période allant des débuts de l'automobile, jusqu'aux premières épreuves de dragsters, en 1951. Barry John opte pour un récit americano-centré. Henry Ford pilota lui-même une voiture de record basée sur la Modèle K. Puis il y eu la fameuse 999, pilotée par Barney Oldfield... Un coureur cycliste qui n'avait jamais piloté de voitures auparavant ! La vogue des records était ouverte. Après la plage de Daytona, puis le lac salé de l'Utah, les chasseurs de record optèrent pour Bonneville. Objectif : parcourir le plus vite possible une ligne droite de 10 miles (environ 16km.)

En fait, les records furent longtemps une spécialité européenne. On pense bien sûr à la Jamais Contente de Camille Jenatzy. Quelques machines de record furent construites jusqu'à la première guerre mondiale. Mais dans les années 20, il y eu une volonté de repousser toujours plus loin le record absolu de vitesse. Les engins de record étaient devenu des avions sans ailes ; le lien avec l'automobile de tous les jours était ténu. Donc difficile de "vendre" un record auprès du grand public. De plus, les coûts de conception devenaient astronomiques. Sunbeam s'est quasiment ruiné avec sa série d'engins de record. Enfin, il y avait un danger mortel. Frank Lockhart, John Parry-Thomas, Bernd Rosemeyer et Donald Campbell sont morts lors de tentative de records de vitesse. Avec tous ces points en leur défaveur, la vogue des records de vitesse s'éteignit en Europe. Les constructeurs lui préféraient les records d'endurance ou de consommation, moins dangereux et qui parlaient davantage au grand public.

En 1951, il fallait près de 15 secondes pour parcourir les 400m d'une piste, avec une vitesse à l'arrivée d'environ 100MPH (environ 160 km/h.) Aujourd'hui, les dragsters mettent moins de 5 secondes pour abattre cette distance, avec une vitesse à l'arrivée de plus de 500 km/h.

Le livre s'offre des parenthèses pour disséquer les progrès techniques (moteur, châssis, carburant...), ainsi que les contraintes physiques. Sans oublier les progrès de la sécurité (arceau, casque, parachute...)
Barry John s'aide de schémas. Il est obligatoire d'avoir des notions de mécanique ou d'aérodynamisme et en plus, les chiffres sont dans le système impérial (pouces, livres, miles, etc.)
En France, les éditeurs sont obsédés par l'accessibilité. On va offrir un livre de voitures à quelqu'un qui a un vague intérêt pour. Il est franchouillard ou il se passionne pour les Trente Glorieuses, donc on lui file un livre sur les DS ! Cela implique des livres pas cher, avec des grosses illustrations, peu de textes et un contenu souvent lénifiant. Dans le monde anglo-saxon, personne ne lit. On n'offre pas de livres. D'où des livres élitistes, où d'emblée, on vous bombarde d'informations. Et c'est dans ce genre de livres que l'on apprend des choses.

Ce livre, c'est aussi une galerie de personnages "larger than life", comme disent les Américains. Mickey Thompson a droit à trois pages. Il s'est intéressé brièvement aux dragsters, mais il eu le temps de révolutionner la discipline... Don Garlits fut l'une des premières gloires des rails. Acteur de troisième zone, Tommy "TV" Ivo privilégia le show au chronomètre. Don "The Snake" Prudhomme, fut une de ces personnes que tout le monde aime. Il a presque toujours porté les couleurs d'un tabac à chiquer. Barry John a profite pour évoquer Hot Wheels... La seule infidélité de Prudhomme au tabac ! Shirley Muldowney fut la "Michèle Mouton" des top fuel. Elle a désavoué son biopic, Pied au plancher. John Force est devenu célèbre auprès du grand public grâce à un épisode de King of the Hill. Il fut longtemps le porte-voix de Castrol GTX. John Force a poussé ses deux filles dans la discipline. Puis l'on termine par Tony Schumacher, sergent-recruteur à la ville !

Dragster Genesis a le mérite d'évoquer un sujet malheureusement has been, les dragsters. Le livre de Barry John reste centré sur l'aspect technico-économique. Mais ce qui fait le sel des dragsters, c'est leur côté spectaculaire. Les roues qui se déforment au feu vert à cause du couple, les moteurs qui explosent, les voitures mal équilibrées qui s'envolent... Sans oublier tout l'aspect show, avec les jet-car, les filles en bikini, etc. Tout cela faisait le fond de commerce du blog The Selvedge Yard. Il y aurait un second livre à écrire.

L'autre point, c'est que les dragsters ont fait parti de la pop-culture. Des artistes comme Von Dutch ou Ed "Big Daddy" Roth ont défini une esthétique des dragsters. Les Beach Boys, ainsi que Jan & Dean, ont chanté des titres à la gloire des dragsters, éveillant l'intention de futurs spectateurs et compétiteurs. Puis il y eu les fabricants de maquettes, Revell, AMT et Monogram qui ont commandité des dragsters et en ont reproduit d'autres. Sans oublier Hot Rod Magazine, les livres de Felsen, des films de série B, des BD, etc. Il y eu un échange un échange dans les deux sens. Tommy "TV" Ivo ou Don Prudhomme avaient très bien compris ce que le grand public attendait d'eux.
Aujourd'hui, cet écosystème autour des dragsters a disparu. Les fabricants de maquettes vont de rachats en plans sociaux. La NHRA n'a pas su s'adapter à internet, ni rajeunir son public.



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