Toyota Hiace par Massdi au 1/64e


Cela fait quelque temps que je n'avais pas évoqué une voiture chinoise miniaturisée ! Voici un Toyota Hiace (H50), alias Nushen JD622, par Massdi.

Massdi est un énième fabricant Chinois qui s'est spécialisé dans le 1/64e. Comme la plupart de ses compatriotes, il n'a pas vraiment de focale sur tel type de véhicule.

Cet Hiace a été créé avec l'imprimatur officielle de Toyota.

Au risque de radoter, la miniature est superbe. Avec des détails comme le pourtour des vitres, les clignotants ou les jantes. Sans oublier les teintes, typique de la Chine des années 80. Un Hiace jaune avait été proposé lors de l'HEC 2026.

Dans les années 80, Toyota commercialisait le Hiace en France. Pour une raison inconnue, j'ai longtemps cru que "Hiace" se prononçait "hi-atché", à l'Italienne. Ce n'est que bien plus tard que j'ai compris que c'était l'acronyme de "High Ace".

Le Hiace, ça me rappelle Rest-Q, mon ambulance Gobots. Par nostalgie, j'ai voulu en racheter un, pour le comparer avec le Hiace de Massdi... Sauf qu'il est franchement moche (sans parler du prix en "mint box"...) On dirait qu'on a marché dessus !
Et même le Hiace de Tomica est très grossier.

D'ordinaire, je suis nostalgique. Mais pour les miniatures, ce qu'on fait aujourd'hui est largement mieux que ce que l'on faisait hier !

Les fabricants Chinois semblent s'être donné le mot pour reproduire les utilitaires légers de la Chine des années 80-90. Plusieurs modèles sont déjà annoncés pour les prochains mois.

Un fourgon ou une camionnette, ce n'est pas très sexy. Mais souvent, à l'arrière-plan, ils cachent de sacrés aventures industrielles. Car dans la Chine des années 80-90, rien n'était simple...

Un Toyota Hiace made in China ? Oui, c'est celui de Jinbei. Il date de la toute fin des années 90 et surtout, il est basé sur la génération suivante.

L'inscription sur la boite n'est que le nom chinois du Hiace. Sachant que Toyota n'a ouvert des joint-ventures, en Chine, qu'au début des années 2000.

Je n'ai jamais prétendu avoir la science infuse. Quand on ne sait pas, il faut chercher !

Au début des années 80, la Chine passa des accords avec Daihatsu, Isuzu, Mitsubishi et Suzuki. Pourquoi est-ce que Toyota serait resté à quai ? On parlait de motoriser un pays d'un milliard d'habitants !
Qui plus est, Toy' avait déjà livré une chaine de montage d'Hiace clef en main, en Indonésie. Sachant qu'en plus, Toyota s'est invité dans l'appel d'offres pour une berline, qui s'est joué entre la VW Santana et la Citroën CX.
En résumé, il semblerait logique que Toyota ait tenté sa chance, dans les années 80. L'unique indice, c'est une inscription sur la page anglaise de Wikipédia, parmi les lieux de production. "China : Jiangdu, Jiangsu (Nushen)." Nushen ? Inconnu au bataillon !

L'histoire débute non pas à Jiangdu, mais à Tianjin, plus au nord.

Après avoir fait un tour des industriels Japonais, l'état Chinois créa la China Automobile Corporation (CAC.) La CAC mettait en relation les constructeurs, avec des usines de camions...

En 1953, la Chine ouvrit sa première usine de camion, la First Auto Works. Il réalisa très vite que c'était insuffisant pour faire face aux besoins du pays. D'où l'ouverture d'une seconde usine, puis d'une troisième... Lors de la Révolution Culturelle, cela faisait bien d'ouvrir une usine de camions. C'était le genre de projets qui vous posait un délégué du PCC ! Le moindre garage PL était qualifié d'usine de production de camions. 

Lorsque les accords avec les Japonais tombèrent, les principales usines étaient déjà bien occupées. La production des utilitaires légers et moyens fut confiée à des seconds couteaux. Au début des années 80, la CAC fut chargé de trier le bon grain de l'ivraie. Le critère retenu fut la tête du client.
Tianjin possédait deux usines. La première avait tenté d'assembler des tous-terrains électriques, puis des berlines. La seconde avait fabriqué des clones de Toyota Coaster.
C'est donc la première qui obtint la fabrication des Daihatsu Hijet (alias Tianjin Huali Dafa), puis de le fameuse Xiali. L'usine de faux Toyota Coaster, elle, devait récupérer les Toyota Hiace, renommés TJ622. Mais au dernier moment, grâce à un tacle de Gu Xiulian, Nushen récupéra l'affaire !


Le 8 janvier 1970, la mairie de Dinghuo, près de Jiangdu, attribua une câblerie à dix-huit soldats démobilisés. Désormais, ils allaient remettre en état tous les camions du Jiangsu. Ainsi naquit la Jiangdu Repair and Assembly Works. En 1978, l'atelier évolua en carrossier industriel. Il transformait les différents utilitaires du Jiangsu, au gré des besoins. En 1984, il changea sa raison sociale en Jiangdu Automobile Modification Works et son activité se formalisa, avec des séries de véhicules.
L'année précédente, Gu Xiulian fut nommée gouverneur du Jiangsu. La première femme gouverneur de Chine. Le Jiangsu était l'une des provinces les plus pauvres de la cote. Dans les années 70, les rares usines étaient alimentées par les prisonniers en cours de "rééducation" du laogai (goulag chinois.) A la mort de Mao, de nombreux prisonniers furent libérés et le Jiangsu perdit donc cette main d'œuvre gratuite. Le nouveau gouverneur comptait revitaliser son industrie. Ex-assistante de Zhou Enlai (le dernier premier ministre de Mao), Gu Xiulian avait ses entrées à Pékin.

En 1985, la Jiangdu Automobile Modification Works devint officiellement constructeur de camions. Ses productions allaient porter la marque Nushen (déesse), avec des noms de codes en "JD..."
Et donc, Nushen fut désigné pour produire les Toyota Hiace, au détriment de Tianjin. Le TJ622 devint un JD622.

En fait, l'usine Toyota Auto Body d'Aichi expédiait des Hiace en kits, du Japon et Nushen jouait de la clef allen. Notez que le JD622 était uniquement proposé en version minibus. Les Chinois l'appréciait, car il était plus spacieux que les minibus Huali Dafa (Daihatsu Hijet), Wuling (Mitsubishi L100) ou ChangAn (Suzuki Carry.) Les propriétaires de taxis collectifs pouvaient donc y mettre davantage de passagers et davantage de bagages (donc réaliser davantage de chiffre d'affaires...)
La Chine en offrit une poignée à ses alliés (URSS, Vietnam et Cuba.)

Pour l'anecdote, en 1992, la Chine changea ses normes de numérotation. Le JD622 prit le nom de JB6470. A cette occasion, il gagna un badge "Nushen", en lieu et place du badge Toyota.

Deng Xiaoping imposa des réformes économiques radicales. Jusqu'ici, mis à part quelques TPE et PME, toutes les entreprises appartenaient à l'état ou à l'armée. Presque toutes ces entreprises furent confiées aux collectivités locales et surtout, elles avaient désormais une obligation de rentabilité.
A l'époque, les écoles de commerce et de gestion commençaient tout juste à éclore. Dans les zones rurales, comme le Jiangsu, la plupart des gens avaient à peine été au lycée. Il faut aussi rappeler que sous Mao, l'entreprenariat, c'était un satan de droite ! Vingt ans plus tard, beaucoup de gens avaient du mal à changer de logiciel. 

En 1994, la Jiangdu Automobile Modification Works devint ainsi le Nushen Group. On l'a dit, Nushen n'était qu'un assembleur. La marque disposait à peine d'un logo et son réseau de vente ne dépassait pas le Jiangsu. Tandis que ChangAn, Huali, Wuling et d'autres se muaient en constructeurs, d'envergure nationale. La production de JB6470 plafonnait à 2 000 unités par an, alors que la concurrence dépassait les 10 000 unités par an et ce n'était qu'un début...

Grâce à des capitaux de Macao, l'usine de minibus de Tianjin reprit vie. Sous le nom de Sanfeng, elle assembla des Hiace Custom, plus luxueux. Ironie de l'histoire, Nushen assembla des véhicules de son ex-rival, sous le nom de JB6430.
Gu Xiulian avait été mutée comme ministre de l'industrie chimique. Heureusement pour Nushen, en 1993, le très actif Xu Baolin fut nommé maire de Dinghuo. Grâce à lui, Nushen obtint un contrat d'assemblage de Chevrolet Lumina APV... Mais ils étaient livrés sans moteur. Du coup, Nushen les équipa du 2,2l FAW (d'origine Chrysler !)

Hélas pour Nushen, tout alla de pire en pire. Xu Baolin aimait bien l'argent. Il fut mis en examen, puis condamné pour corruption. Le constructeur se retrouva livré à lui-même. Isolé dans le Jiangsu, il n'intéressait pas les hommes d'affaires Hong-Kongais ou Taïwanais, qui investissait dans les grandes villes.

Nushen devait produire des Hiace de la quatrième génération. Mais a priori, il servit de coquille vide pour expédier l'outillage chez Jinbei. Ainsi, comme Jinbei avait acheté le matériel à un autre, il pouvait produire ses minibus sans verser un centime à Toyota...

Nushen tenta alors de revenir à la carrosserie industrielle. En 2001, JAC racheta l'entreprise. Pour ce constructeur d'utilitaires moyens et lourds, c'était un bon complément d'activité. En 2012, JAC Nushen devint constructeur d'autocars. Malheureusement, entre temps, JAC avait effectué une diversification ruineuse dans l'automobile. JAC a dû louer, puis vendre, ses usines de voitures à NIO. Il a largement réduit la voilure dans les utilitaires. Après des années d'inactivité, Nushen fut rayé registre du commerce en 2018.

Pour l'anecdote, des anciens de Nushen ont fondé Yuemai Outdoor, qui fabrique des tenues de camouflage et diverses équipements (tentes, gilets pare-balles...) pour paramilitaires.

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