L'usine Renault de Flins

Il y a très, très longtemps, j'avais été invité par l'association Les Elles de l'Auto. Depuis, l'association a pris le nom de Wave, mais elles s'occupe toujours de promouvoir les femmes dans l'automobile. Ils m'ont invité à visiter l'usine Renault de Flins, sur le thème des femmes sur un site de fabrication. Et comme j'adore visiter des usines de voitures...

Le site de Flins à ouvert en 1952. C'est la plus ancienne usine d'assemblage de Renault encore en activité (Le Mans ne fait que de la fonderie ; l'assemblage des tracteurs à été revendu à Claas.) Elle s'est spécialisée dans les petites voitures. La grande époque, c'était 75-85, avec la R5 : 25 000 personnes qui travaillaient sur deux chaines tournant à 60km/h... Puis Revoz, en Slovénie et Oyak, en Turquie, ont récupéré respectivement la Twingo et la Clio. Une partie du site a été rasé (avec un projet mort-né de circuit de F1 pour le remplacer.) Les années 2000 ont été une période compliquée. Aujourd'hui, Flins a récupéré davantage de Clio 4. Il produit également la Zoe et depuis 2016, la Nissan Micra. A cette occasion, les Japonais ont investi dans le site, assurant sa pérennité. Il emploi actuellement 2 700 personnes (en comptant les intérimaires.) Il sera intéressant de voir comment la Clio 5 se répartira entre Revoz, Oyak et Flins...
Evidemment, interdiction de faire des photos à l'intérieur dommage. Au moins, on a pu assister à l'ensemble de la production. Depuis tout petit, je possède un livre, Automobiles et camions, qui évoque notamment l'assemblage des voitures. Fondamentalement, quelques décennies plus tard, rien n'a changé.
Ca ressemble à un Lego. D'abord, on forme le berceau moteur, la plateforme centrale et l'arrière, puis on les soudes. On pose ensuite les panneaux latéraux, avant de souder tout au plasma. A la tôlerie, il n'y a quasiment pas d'âmes. Juste des robots ABB Automation (ex-Renault Automation) et des Nissan (cadeau du constructeur lors de la remise à neuf du site.) Même les navettes qui transportent les panneaux sont autonomes ! Il ne reste guère que quelques caristes. Certes, le but est louable (c'est un environnement dangereux et physiques), mais il n'en reste pas moins un côté Qui arrêtera Cyanure ? Notez que les caisses nues de Clio RS sont expédiées à Dieppe.

Un tour en cataphorèse et c'est l'heure de l'habillage. Là, il y a davantage de personnel. Le plus impressionnant, c'est que Clio, Micra et Zoe se suivent sans discontinuité. La chaine de montage arrive à gérer des lots unitaires, là où Toyota Valenciennes ne produisait que des Yaris et où Zhengzhou-Nissan avait des chaines dédiées à chaque véhicule. L'unique chaine tourne à 45km/h (en marche arrière !) Les gestes des monteurs sont précis, mais complexes (pour éviter les gestes répétitifs, générateurs de fatigue musculaire.) De poste en poste, l'habitacle se garnit.
En parallèle, les trains roulants se garnissent. En prime, les batteries des Zoe sont mises dans un coffret, avant d'être montées sur le train arrière.
Puis c'est l'assemblage. Toutes les 1 minutes 30, une voiture sort de Flins. Je m'attendais à ce que ce soit un site Renault-Nissan, mais il n'y a aucun panneau aux couleurs des Japonais, à l'extérieur. A Onnaing, la chaine venait d'être refaite pour la Yaris 3 et on a eu une "visite guidée". Néanmoins, j'ai trouvé que l'usine de Toyota était plus propre et mieux éclairée. Là, par endroit, j'aurais bien fait un petit coup de 5S...
L'après-midi, c'était conférence sur les femmes et l'automobile, en présence de quelques ouvrières. 15% des employés de Flins sont des employées.
La position de Wave est très volontariste et proactive. Hasard du calendrier, la veille, j'avais écouté le témoignage d'Anne Asensio, qui fut notamment designer de Renault. C'était la même envie de défoncer des portes.
Personnellement, dans la grande majorité des entreprises, j'ai eu au moins un supérieur hiérarchique féminin et ça ne m'a jamais posé de problèmes. Les préjugés, ça marche dans les deux sens. Quand j'avais trouvé un emploi d'acheteur chez Lucas, les filles de ma promo s'imaginaient que j'allais passer la journée en bleu, le nez sous le capot des voitures... Il faudrait encourager les femmes ingénieurs à s'orienter vers l'industrie. Et pousser les lycéennes bonne en math, vers les écoles d'ingénieur. Et plus généralement, ce sont les métiers techniques qu'il faut revaloriser. Même pour les mecs. J'espère que grâce à Thomas Pesquet, il y aura plein de petites filles et des petits garçons qui vont avoir envie de construire des fusées ou de rédiger des programmes de pilotages de robots...

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