Peugeot 104

Ce jour-là, le métro était partiellement inondé. La RATP annonçait "un rétablissement du service à 10h" (NDLA : sauf qu'il était déjà 10h30.) Quant aux navettes de remplacement, je les cherche encore. Sans oublier la matrone qui nous disait "gentiment" que l'une des sorties était fermée. Et après, on se demande pourquoi les gens ne prennent pas davantage les transports en commun...

Bref, au moins, j'ai pu croiser cette Peugeot 104. Sauf erreur, c'est un modèle produit entre 1978 et 1982.
La Peugeot 104 est une éternelle mal-aimée. Il n'y a que Michel Houellebecq qui lui a chanté ses louanges dans Extension du domaine de la lutte.

C'était la première citadine de Peugeot.
Avant, on partait du principe que les gens accédaient à l'automobile par des petites voitures, puis qu'au fur et à mesure de leur progression sociale, ils s'offriraient des voitures toujours plus grosses... Sauf que dans les années 60, les villes se développent. Les usines et PME des centre-villes ferment, pour s'installer toujours plus loin, dans des zones industrielles. On crée des ville-nouvelles, en banlieue. Avec la diffusion de l'automobile, on fait face à des problèmes d'embouteillages et de stationnement. Une partie de la classe moyenne ne veut pas d'un paquebot impossible à garer. Elle veut une voiture pour aller de son domicile à son lieu de travail. Une voiture confortable, mais trop grosse, pour se faufiler dans les petites rues. Une traction, bicorps, avec une bonne habitabilité.
Vu d'aujourd'hui, ça semble être une évidence. Ca ne l'était pas à la fin des années 60. Beaucoup de cadres restaient bloqué sur le schéma "petite voiture, petit budget." De plus, beaucoup de constructeur commercialisaient des modèles bon marché de grande diffusion (R4, 2cv, Mini, Cox...) et ils avaient peur de tuer la poule aux œufs d'or. Ca donna des stratégies rétrospectivement suicidaires, entre mauvaise volonté (VW), demi-mesures (British Leyland, avec la Mini Clubman et Chrysler Europe, avec la Talbot-Sunbeam) et gestations interminables (British Leyland et Citroën.)

En 1971, Fiat fut le premier à surfer sur la vague, avec la 127. Quelques mois après, Renault débarqua, avec la R5. Puis ce fut le tour de Peugeot, avec la 104. La firme au lion était dans le bon train. Hélas, en terme de développement et de promotion, la R5 avait toujours un temps d'avance. Renault avait bien compris qu'il y avait une clientèle qui souhaitait une R5 plus équipée et mieux motorisée (donc plus chère, donc avec davantage de marge.) Quitte à sacrifier la R6. Une politique théorisée sous le nom de "[R5] GTLisation". Et pour toucher une clientèle jeune, il fallait casser les codes, comme avec la R4 : couleurs chatoyantes et catalogues sous forme de BD. Et pour écouler les stocks, la firme au losange faisait des séries spéciales. A contrario, Peugeot s'était montré timide. Il avait peur de cannibaliser les ventes des 204 et 304, alors qu'elles étaient plus qu'en fin de parcours. Les mauvaises langues disaient que le "Z" de la 104 Z, c'était pour "Zola" (rapport à la dotation en équipements...) La 104 avait une image de voitures ringardes, pour des ringards.
A mon avis, vers 1980, Peugeot s'est dit : "La 104 est foutue, on la met sur une voie de garage. Par contre, on mise tout sur la 205." Le constructeur avait finement analysé le succès de sa rivale. L'idée, c'était de faire pareil, mais en mieux. La 205, ce n'était pas qu'une bonne bouille. Avec "un constructeur sort ses griffes", il fit preuve d'une agressivité commerciale inédite. La 205 alla encore plus loin en matière de montée en gamme. Sans oublier des séries limitées comme la Lacoste ou la Roland Garros, très "16e". Pendant ce temps, tout le reste de la gamme prit un sacré coup de vieux. La 205 sorti en 1983, mais la 104 resta au catalogue jusqu'en 1988. 5 années de cohabitation, alors que plus personne n'en voulait ! Puis il y eu la 106, cette vraie-fausse remplaçante de la 205, trop petite et pas assez ambitieuse pour éclipser la star. Avec la 107, Peugeot (ainsi que Citroën et Toyota) retomba dans les travers du "petite voiture, petit budget." Enfin, petit budget... Pour le même prix, vous aviez une 206 mieux équipée, mieux motorisée et plus facile à revendre ! Le constructeur choisit donc... De tuer la 206 et de ne pas faire de 207 d'entrée de gamme. La 108 se veut plus "bobo". Pour autant, elle a du mal à exister chez le constructeur.

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